Sur la scène du colloque sur le biocontrôle organisé par l’IBMA ce 29 janvier 2019, après les revirements récents du gouvernement autour du glyphosate, Patrick Deauhaumont, directeur de l’alimentation au ministère de l’Agriculture, rappelle la ligne officielle : « Nous devons réduire de 50 % les utilisations de produits phytosanitaires à l’horizon de 2025. »

Au-delà de ces ambitions gouvernementales, Bertrand Swiderski, le responsable RSE de Carrefour, et Christian Pees, vice-président de Coop de France, partagent le même constat : les consommateurs demandent des produits différents, et les modes de production doivent changer. Un changement qui a un coût élevé, qui suscite de nombreuses discussions au sein de la filière.

Le biocontrôle peine à convaincre

Avec sa dernière campagne, Act for Food (Agir pour l’alimentation), le groupe Carrefour a affiché une dizaine d’objectifs permettant de rendre l’alimentation plus durable, dont la suppression des utilisations de produits phytosanitaires. « A chaque acte d’achat, explique Bertrand Swiderski, le consommateur veut voter. »

Pour répondre à la demande, Carrefour a réuni les producteurs autour de la table, avec des fournisseurs de solutions alternatives, dont le biocontrôle. « Ça n’a pas marché si bien que ça, et ce n’est pas si rapide », déplore le directeur RSE du groupe. En cause, selon lui, le scepticisme des agriculteurs face à ces techniques. « Il y a encore un manque de visibilité des solutions, et un manque de compétences des producteurs. »

Un scepticisme souligné par un sondage dévoilé lors du colloque d’IBMA. Réalisé par AgroParisTech pour l’association auprès de 523 agriculteurs, cette étude montre que, chez près de 37 % des producteurs interrogés, le principal frein à l’utilisation des solutions biocontrôle demeure l’efficacité des produits en elle-même, qui ne convaint pas.

Distributeurs prudents

Les engagements du groupe Carrefour pour aider ses producteurs à réduire les utilisations de produits phytosanitaires demeurent flous. « Nous sommes en train de nous poser la question de la manière dont nous pouvons participer au financement de cette transition, avec des financements participatifs, des contrats d’achat, ou des engagements sur les volumes et les prix », explique Bertrand Swiderski.

Chez Coop de France, Christian Pees en attend plus. « Si les prix sont rémunérateurs, les agriculteurs iront sans problème vers ces solutions. » Un changement qui, selon lui, prendra certainement plus de temps que ne l’espèrent les distributeurs, ou les industriels qui produisent ces nouveaux intrants.

« Tout cela suppose de réviser des itinéraires techniques, de tester, et c’est long. En agriculture, on ne travaille pas dans un milieu stable. Le temps de l’innovation pour nous, c’est la décennie. » Car c’est au moins dix qu’il faudra, selon Christian Pees, pour permettre aux agriculteurs de s’approprier ces solutions, tout en convaincant et en formant les conseillers des coopératives sur le terrain.

Innovation, expérimentation, formation et développement de solutions à des coûts identiques à ceux des produits de synthèse : les défis qui attendent l’industrie du biocontrôle sont nombreux pour atteindre la part de marche espérée de 15 %, contre 5 % actuellement.

Ivan Logvenoff