Entre suppressions de produits, évolutions climatiques et réglementaires, quelles sont les solutions de demain pour protéger les semences ? Cette question était au cœur de la rencontre filière de l’interprofession des semences et plants, Semae, le 8 avril 2021.

Perspectives et freins au biocontrôle

Actuellement, quatre traitements de semences de biocontrôle, à base de micro-organismes, sont homologués en France. « Cela reste marginal comparé à l’ensemble des produits de biocontrôle sur le marché », souligne Flora Limache, de l’IBMA France, l’association des entreprises de produits de biocontrôle.

Cette faiblesse s’explique par plusieurs raisons, notamment technologiques, comme la durée de vie des micro-organismes sur la semence. « Quand on travaille avec des actifs biologiques comme les micro-organismes, il faut trouver comment faire les faire survivre autour de la semence le plus longtemps possible, avec une bonne adhésion », indique Vincent Béguier, directeur de la recherche et du développement chez Cérience.

À cela s’ajoute la problématique des usages mineurs. « Les volumes de ventes de traitements de semences sont faibles, et les besoins en investissement sont énormes, pour l’homologation par exemple », indique Flora Limache. Selon elle, quinze produits de traitements de semences de biocontrôle sont en voie de recherche et développement chez leurs entreprises adhérentes. « D’ici à trois ans, des innovations devraient arriver sur le marché », assure-t-elle.

« Des travaux sont par exemple en cours sur des substances naturelles qui vont stimuler les défenses des plantes, ou sur des micro-organismes en consortia, c’est-à-dire plusieurs micro-organismes bénéfiques associés utilisés sur les semences. D’autres s’intéressent aux exsudats des plantes, qui vont attirer les micro-organismes bénéfiques autour de la plante, ou bien repousser des agents pathogènes », résume-t-elle.

Désinfection des semences par la vapeur

En Picardie, la coopérative Agora propose depuis l’an dernier à ses adhérents une désinfection des semences par la vapeur d’eau. « Le but est de retirer les éléments pathogènes qui sont sur ou dans les semences, par un procédé physique de chaleur, rapporte Aymeric Dezobry, d’Agora. Les semences sont soumises à de la vapeur à une certaine température. » Les réglages sont cependant délicats : l’excès de chaleur risque de tuer le germe, et à l’inverse, une température trop faible est inefficace. « Il faut trouver le bon compromis, ajoute-il. C’est assez révélateur des solutions du futur, qui seront plus complexes à appliquer comparativement au système bien rodé d’aujourd’hui ».

La voie est prometteuse, mais consomme de l’énergie. « Le bilan carbone doit être maîtrisé, concède-t-il. De plus, la semence est désinfectée avant le semis, mais reste vulnérable une fois dans le sol. Il faudrait des compléments avec des biostimulants ou du biocontrôle pour lui mettre un manteau protecteur et l’aider à se protéger des agressions du sol. »

Des travaux en cours sur l’ozone

Depuis deux ans, la coopérative fait des essais de désinfection des semences en utilisant de l’ozone (O3), en partenariat avec Unilasalle Beauvais et l’UFS (Union française des semenciers). Contrairement à la vapeur d’eau, ce procédé n’est pas encore reconnu en France. « Il y a tout un travail d’homologation à faire pour l’application sur semences de céréales. Nous sommes au stade d’essai, mais les perspectives sont intéressantes, observe Aymeric Dezobry. L’ozone présente un effet intéressant sur la désinfection des semences, et la molécule ne s’accumule pas, car sa durée de vie est très courte, de l’ordre de vingt minutes. C’est un procédé qui demande cependant aussi de l’énergie. Il n’existe pas de solutions miracles. »

Justine Papin