À quel prix seront payés les agriculteurs pour leurs betteraves des récoltes de 2019 et de 2020 ?

Nous avons adopté le schéma des coopératives céréalières, à savoir la définition d’un prix d’acompte en novembre, versé en deux fois. Il a été fixé pour la récolte de 2019, à 20 €/tonne + 1,17 €/t en moyenne pour les différentes primes. Le prix définitif ne sera connu qu’après les assemblées générales qui, en principe, se tiennent en juin. Cette année, elles seront sans doute repoussées, à cause du coronavirus. Les prix pour la récolte de 2020 seront fixés de la même façon. Les agriculteurs ne connaissent donc pas le prix de vente de leurs betteraves avant les semis. Mais nous travaillons pour les années à venir, à la possibilité de fournir à nos adhérents, les éléments d’information qui vont leur permettre d’avoir une idée de la valorisation future de leur production. Je tiens à souligner que, pour moi, l’agriculteur ne sera jamais la variable d’ajustement. Pour la fixation du prix de la betterave, en tant que producteurs qui possédons l’outil de transformation, il nous faut construire ensemble. Soyons intelligents.

Comment se présente la campagne de 2020 ?

Nous avons eu un débat avec l’ensemble de nos 12 000 adhérents afin de mieux adapter les superficies de chaque exploitation à la production contractualisée. A l’échelle de Tereos, les surfaces en 2020 augmentent de 3,4 %, à 204 000 ha. La sécheresse qui sévit depuis les semis nous inquiète particulièrement. Les betteraves ont pris du retard et s’il le faut, nous adapterons les dates de démarrage de la récolte. Des orages violents dans le triangle Arras, Bapaume, Cambrai ont obligé le ressemis de plusieurs centaines d’hectares. Nous sommes aussi très préoccupés par les difficultés à lutter contre les pucerons après l’interdiction des néonicotinoïdes. Le service agro de la coopérative travaille d’arrache-pied avec l’ITB et les autres industriels sur ce dossier.

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Avec la crise du coronavirus, les prix ne risquent-ils pas de rester très bas ?

La crise a surtout un impact sur les cours de l’éthanol carburant. Les cours du pétrole ont chuté de 50 %, ceux de l’éthanol à Rotterdam dans la foulée, de 30 %. Ils sont en train de remonter légèrement mais les débouchés ne sont pas là. Heureusement, la production d’alcool et d’éthanol ne représente qu’un tiers de notre production, une bonne moitié destinée à l’industrie pharmaceutique et aux spiritueux, où nous n’avons pas de souci, une petite moitié, à l’éthanol carburant. Le risque avec l’éthanol est de devoir faire face à des importations massives. Dès le début de la crise, nous avons formulé une demande de sauvegarde qui a été acceptée par la France et qui est actuellement portée par la France à Bruxelles.

Et pour le sucre ?

Le marché européen du sucre est cette année déficitaire et nous sommes en droit de penser que les prix vont se tenir en Europe. Nous portons le stock roulant d’une majorité de nos clients de l’industrie agroalimentaire et avons continué à travailler avec eux depuis le début de la crise. Il n’y a donc pas à faire de raccourcis entre les cours mondiaux qui ont fortement baissé et les prix intra-européens. L’Union européenne représente le gros de notre marché. Déjà l’an dernier, nous étions allés peu à l’exportation hors UE.

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Est-ce que la situation n’est pas plus compliquée pour vos activités au Brésil ?

Si le prix de l’éthanol a fortement baissé, celui du réal aussi, ce qui signifie que nous ne sommes pas dans un scénario catastrophe. Au Brésil, l’arbitrage entre l’éthanol et le sucre est toujours bien réel. Le gouvernement réfléchit aussi à de nouvelles mesures de défiscalisation de l’éthanol. Au plan mondial, on entend parler de pays qui auraient tendance à vouloir garder leurs sucres.

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Blandine Cailliez