Vous allez réunir les agriculteurs membres de la commission “ répartition valeur ” le mardi 19 mai. Qu’allez-vous leur annoncer ?

Avant la crise du coronavirus, la conjoncture était un peu plus favorable pour le sucre. Cela nous amène à un prix final pour les betteraves de la récolte 2019, de 23 €/t betteraves entières, soit 24,90 €/t en équivalent forfait collet (efc), la façon dont les autres groupes annoncent leurs prix. Dans le contexte actuel, cette annonce devrait être considérée comme une bonne nouvelle pour les agriculteurs puisque ce sera l’un des meilleurs prix pour les betteraves en France.

Vous venez de fermer deux usines, Cagny et Eppeville, comment se passe la campagne de 2020 pour le groupe ?

Nous avons contractualisé avec 3 000 planteurs, soit un tiers de moins que l’an dernier, pour un volume de 4 millions tonnes de betteraves, contre 6 millions de tonnes auparavant. Nos deux usines d’Etrepagny et de Roye fonctionneront 130 jours. Cela a déjà le cas sans problème en 2019.

Ces sites vont bénéficier de 50 millions d’euros d’investissement d’ici à deux ans pour réduire la consommation d’énergie et le surpressage des pulpes, en plus des 200 millions déjà investis depuis cinq ans.

Nous avons aussi renforcé nos équipes techniques avec un conseiller pour 200 planteurs contre 270 auparavant. Nous avons fait le choix de soutenir les agriculteurs, par exemple en prenant en charge le surcoût des semences résistantes aux nématodes.

Quel sera le prix des betteraves pour 2020 ?

Comme les agriculteurs ne souhaitaient pas s’engager sans avoir l’assurance de ne pas se retrouver avec un prix catastrophique, nous leur avons proposé un prix minimum de 23,92 €/t plante entière (soit 25,70 €/t efc) pour 70 % de leur production sous contrat et le reste, selon une grille de prix en fonction du cours du sucre.

Si le cours du sucre atteint 420 €/t, 100 % des betteraves seront payées 23,92 €/t (25,70 € efc). Au-delà de 420 €/t pour le sucre, la totalité des betteraves sera rémunérée selon la grille, soit par exemple, 25,45 €/t de betteraves entières, si les cours atteignent 450 €/t.

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Les cours du sucre sont en train de s’effondrer, comment allez-vous tenir ce prix ?

Avec le coronavirus, les cours du sucre ont fortement chuté, mais il ne faut pas désespérer, les fondamentaux avant la crise étaient bons et ils devraient le redevenir. Le cours mondial du sucre est actuellement autour de 310 €/t. Les prix moyens européens d’il y a deux mois étaient de 370 €/t, car pour connaître les prix européens, il y a toujours un décalage de deux mois.

Nous sommes confiants, la production mondiale va être moins élevée cette année. Nous pensons que les cours vont remonter et que les prix européens vont passer les 400 €/t. La stratégie de Südzucker en fermant 4 usines en Europe, dont 2 en France, a aussi été de se recentrer le plus possible sur ses débouchés européens.

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La création chez vous de plusieurs OP, organisations de producteurs, a suscité ces derniers mois beaucoup de tensions. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Deux OP (organisations de producteurs) de Roye et d’Etrepagny, proches de la CGB, ont été créées à l’automne et une troisième, Avenir Sucre, est en construction. Ces OP n’ont pas la même approche. Les deux premières veulent acheter les betteraves aux agriculteurs, pour les revendre ensuite à un ou plusieurs fabricants. Nous n’y sommes pas favorables, nous souhaitons continuer à contractualiser directement avec les agriculteurs. Avenir Sucre n’a pas la volonté d’acheter les betteraves, mais de constituer un groupe d’agriculteurs disposés à négocier avec Sain-Louis Sucre. Cela nous paraît plus logique.

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Comment se présentent les betteraves en ce début de campagne ?

Les levées n’ont pas été faciles, il a fait très sec et très froid avec un vent d’Est après les semis. 90 % des parcelles ont un nombre de pieds suffisant, près de 100 000 par hectare. Mais pour 10 % d’entre elles, ce sera plus compliqué. Les pucerons se sont aussi manifestés très tôt. La plupart des agriculteurs en sont à leur deuxième traitement, et il est probable qu’une partie d’entre eux sera obligée de passer à trois.

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Blandine Cailliez