Le mercredi 25 août 2021, il est aux alentours de 20h15 lorsqu’Antoine Rondeau, salarié agricole d’une exploitation située à Blandy, dans la Seine-et-Marne, assiste pour la énième fois à un rodéo sauvage. Sauf que cette fois-ci, il ne compte pas être simple spectateur du saccage de la parcelle et décide, à bord de son tracteur, d’aller à la rencontre des jeunes cow-boys.

« Je savais que j’allais me faire tabasser »

Depuis trois ans qu’il travaille sur cette exploitation en polyculture-élevage de 350 hectares, Antoine Rondeau n’avait jamais osé s’interposer lorsqu’il voyait au loin des jeunes chevaucher leur motocross.

Mais ce mercredi soir, « j’étais en train de passer les rouleaux sur un champ de colza semé il y a peu de temps lorsque j’ai vu des jeunes faire du rodéo sauvage, raconte-t-il à La France Agricole. J’ai décidé de m’approcher d’eux avec mon tracteur pour leur parler. »

C’est donc seul qu’Antoine Rondeau, 25 ans le lendemain, s’approche : « Ils étaient cinq, entre 18 et 25 ans, je dirais. Ils avaient un motocross, une camionnette et une Clio. On a commencé à discuter. Je suis de nature impulsif, mais là je suis resté calme. Je leur ai dit gentiment qu’ils étaient sur une propriété privée et qu’ils devaient partir. Mais au bout d’à peine deux minutes, le ton est monté et ils m’ont encerclé. Je savais que j’allais me faire tabasser. »

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« Ils cherchaient à me faire du mal, pas simplement à me blesser »

C’est alors qu’un des cinq jeunes face à lui le frappe au visage. Puis les quatre autres l’imitent en sautant sur leur victime par-derrière. « Je me suis retrouvé au sol. Ils m’ont frappé uniquement à la tête, ils cherchaient à me faire du mal, pas simplement à me blesser. Heureusement, je fais 1,90 mètre donc j’ai pu me protéger », poursuit-il.

Cette scène de violence a duré une quinzaine de minutes. « Quand ils ont cessé, j’ai réussi à remonter dans le tracteur et ils se sont enfuis. J’ai relevé la plaque d’immatriculation d’une voiture, puis je suis rentré à la ferme, la tête en sang. » Le soir même, vers 22 heures, les jeunes sont interpellés dans le centre-ville de Melun et placés en garde à vue. Ils y resteront jusqu’au samedi, avant leur procès à la fin de mars 2022.

« Mes proches s’en remettent un peu plus difficilement que moi. Le fait qu’ils aient été arrêtés me soulage et je sais que j’ai eu beaucoup de chance. Je relativise. Si c’était à refaire, je le referai, mais j’appellerais sûrement la gendarmerie avant de descendre de mon tracteur ! »

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Le « ras-le-bol » des agriculteurs face aux rodéos sauvages

Une rencontre musclée qui aura laissé à Antoine Rondeau de nombreux hématomes sur le visage, des proches inquiets, trois hectares de colza piétinés et un anniversaire célébré à l’hôpital. « J’ai eu pas mal de messages de soutien, de collègues, d’autres salariés agricoles. Je me suis vraiment rendu compte que je n’étais pas un cas isolé », déplore-t-il.

« C’est assez récurrent les rodéos sauvages. Et avec les décharges publiques en plus, parfois les incendies, voire les agressions, et les incivilités, il y a un vrai ras-le-bol général. Là j’avais l’occasion de leur parler, alors j’y suis allé. Et au bout du compte, ironise-t-il, je ne me suis pas fait taper dessus pour rien, ils sont partis, c’est ce que je voulais ! »

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Oriane Dieulot