Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, a défendu avec force mercredi les biocarburants, critiqués pour leur impact sur la flambée des prix alimentaires et a mis en cause le protectionnisme des pays riches, lors d'une conférence des pays d'Amérique latine sur la sécurité alimentaire, sous l'égide de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture).

Le Brésil voit avec inquiétude la montée des critiques contre les biocarburants, dont il est le deuxième producteur mondial après les Etats-Unis.

Le géant sud-américain devait produire en 2008, à partir de la canne à sucre, quelque 20 milliards de litres de biocarburants essentiellement destinés à son marché intérieur. Toutes les voitures construites depuis 2003 au Brésil, soit cinq millions de véhicules, roulent ainsi indifféremment à l'essence ou au bioéthanol, moins cher et moins polluant.

Mais les biocarburants sont aussi de plus en plus souvent montrés du doigt en raison de la hausse vertigineuse des prix des denrées agricoles qui provoque des troubles dans les pays pauvres.

«Le vrai crime contre l'humanité serait de rejeter a priori les biocarburants, et de laisser les pays étranglés par le manque de produits alimentaires et d'énergie dans la dépendance et l'insécurité», a déclaré Lula.

Il s'agit d'une réponse directe au rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié de «crime contre l'humanité» la production massive de biocarburants.

Les biocarburants ne sont pas «le vilain qui menace la sécurité alimentaire» des pays pauvres, a assuré le président brésilien qui a, au contraire, mis en cause l'augmentation du prix du pétrole et les subventions des pays riches à leurs agriculteurs.

«Rares sont ceux qui mentionnent l'impact négatif de l'augmentation du pétrole sur les coûts de production et qui s'élèvent contre l'impact nocif des subventions et du protectionnisme dans le secteur agricole», a-t-il accusé.

Lula a mené sa contre-offensive devant la 30ème Conférence régionale de la FAO, qui réunit à Brasilia jusqu'à vendredi trente-trois pays d'Amérique latine et des Caraïbes.

Le directeur géneral de la FAO, Jacques Diouf, a appelé quant à lui les gouvernants à participer au Sommet sur la sécurité alimentaire mondiale qui se tiendra en juin à Rome, «au moment où des émeutes provoquées par la faim se propagent dans les différents continents».

«La hausse actuelle des prix des denrées alimentaires est un grand défi, puisque la sécurité alimentaire de millions de personnes du monde entier est aujourd'hui menacée. De janvier 2007 à janvier 2008, le prix des aliments de la FAO a grimpé de 47% », a-t-il déploré.

La conférence de Brasilia devait faire des recommandations pour que les populations pauvres aient accès aux produits de base dans une région qui est à la fois exportatrice nette de produits agricoles et championne des inégalités sociales.

La grande préoccupation de la région n'est pas le manque d'aliments dont la production continue à augmenter, selon le directeur des Affaires politiques de la FAO en Amérique latine, l'Equatorien Fernando Soto. Mais, avec l'escalade des prix, «le danger est que plus de gens soient privés d'aliments de base et que le niveau de consommation et de nutrition se détériore», a-t-il averti.