À l’occasion du conseil des ministres de l’Agriculture européens qui avait lieu ce lundi 18 juillet, la Commission européenne a présenté un nouveau plan d’aide, financé à hauteur de 500 millions d’euros. Le secteur laitier en est le principal bénéficiaire.

500 millions d’euros d’aide

Dans son communiqué, Bruxelles détaille les mesures proposées :

  • Une prime à la réduction de production. « Les 150 millions d’euros soutiennent une réduction volontaire de la collecte de lait européenne. Ce plan sera conduit au niveau européen afin que les agriculteurs de l’Union y aient accès sous les mêmes conditions. »
  • Une aide de 350 millions d’euros (M€), qui peut concerner d’autres secteurs que le lait, notamment la viande bovine. La répartition entre les États membres est la suivante : près de 50 M€ pour la France et 58 M€ pour l’Allemagne, 30 M€ pour le Royaume-Uni et un peu plus de 20 M€ pour l’Italie, la Pologne et les Pays-Bas. « Les États membres bénéficieront de souplesse dans l’élaboration des mesures, [...] par exemple un soutien à des méthodes de production extensive, ou aux petites exploitations, aux projets coopératifs, voire à des mesures supplémentaires de réduction de la production. » Les aides pourront être complétées par les États jusqu’à hauteur de 100 %, a précisé la Commission, donnant ainsi la possibilité de les doubler.

La Commission propose également la possibilité de déroger à l’obligation de maintenir la taille du troupeau en 2017 concernant les aides couplées volontaires du secteur laitier, d’ étendre la période d’intervention publique et le stockage privé pour la poudre de lait, de verser des avances de paiement des aides Pac... Les détails doivent être finalisés dans les semaines à venir.

De nombreuses réactions

« Je me félicite de l’octroi par la Commission européenne d’une enveloppe conséquente, en cohérence avec les demandes insistantes de la France depuis des mois, a réagi Stéphane Le Foll dans un communiqué. Ce paquet de mesures doit permettre d’éviter que la dégradation des cours ne continue. »

Moins optimiste, le député européen Michel Dantin a quant à lui commenté : « L’enveloppe de 350 millions rappelle les errements de septembre dernier qui n’a eu aucun effet sur le prix. Pour utiliser cet argent utilement, je propose de mettre en place un programme de soutien à la cessation d’activité et aux retraites anticipées, afin de permettre aux éleveurs qui n’en peuvent plus, de partir dignement. »

« Soyons concrets » demande la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), alertant sur « la nécessité d’une utilisation efficiente de cette nouvelle enveloppe. Les 150 M€ dédiés à un soutien individuel à la réduction de production de lait doivent être réservés aux seules coopératives et organisations de producteurs dont la production globale est stabilisée ou en réduction. » Concernant la deuxième enveloppe d’aide, le syndicat demande de la doubler par un cofinancement national. Il plaide également pour une utilisation ciblée vers les éleveurs les plus en difficulté et ayant réduit ou stabilisé leur production.

La Coordination rurale arbore un ton encore plus méfiant. « Combien de fermes laitières auront fermé leurs portes bien avant de pouvoir percevoir une éventuelle aide ?, s’alarme-t-elle. Au lieu de mettre en place de véritables et nouveaux outils de régulations, la Commission européenne semble poursuivre, à grands coups de millions d’euros d’argent public, la restructuration inavouée de la production de lait ».

La Confédération paysanne estime qu’« il y a du progrès, certes, mais on est encore loin de décisions qui mettraient fin à la catastrophe en cours ». Elle dénonce aussi « l’irresponsabilité des décideurs de l’Union européenne ne conditionnant pas les dispositifs à un engagement de réduction de la production. ». Selon le syndicat, « une maîtrise juste et équitable de la production doit passer par l’instauration d’un tunnel de prix, en responsabilisant producteurs et entreprises quant au maintien de l’équilibre offre-demande sur les marchés intérieur et grand export. »

L’Assemblée permanence des chambres d’agriculture (APCA) n’hésite pas à parler de « saupoudrage » et de « budget dérisoire au vu de l’ampleur économique et sociale de la crise ». Les chambres « craignent l’inefficacité de ces mesures, basées sur le volontariat des Etats membres et qui laissent une place prépondérante aux transformateurs. »

Pour le Copa-Cogeca (syndicats et coopératives de l’UE), « c’est un mouvement positif qui demande néanmoins davantage de clarifications et d’ajustements ». Pekka Pesonen, le secrétaire général, s’inquiète notamment d’éventuels découplages des aides laitières « pouvant déstabiliser le marché du bœuf et du veau ».

Selon l’European Milk Board (EMB), « les mesures décidées hier ne vont pas dans le sens d’un changement d’orientation dont le secteur a pourtant cruellement besoin. […] Aucun plafonnement des volumes n’est prévu pour les producteurs ne participant pas à la mesure pendant la période de trois mois, trop courte par ailleurs, durant laquelle les producteurs réduisant leurs volumes recevront une compensation financière. »

Le MODEF demande une répartition de l’enveloppe de 150 millions d’euros par zones géographiques, avec un montant supérieur pour la zone de montagne et piémont. Il souhaiterait participer au groupe de travail pour la mise en place de ces aides

M.B.