« C’est la première fois que cela m’arrive », explique Hugo Crécy, agriculteur au Plessis-Placy (Seine-et-Marne) en évoquant les dix centimètres de sa moutarde au 16 septembre 2020.

Un calendrier à assouplir

« On l’a semé entre le 15 et le 19 aout 2020. Il a plu au moment de la levée puis la sécheresse a accéléré la floraison », se désole-t-il. L’agriculteur estime que, malheureusement, le rôle du couvert végétal n’est pas rempli : « Vu la faible biomasse produite, la crucifère n’aura pu capter que très peu d’azote ».

L’agriculteur est en colère contre les services de l’État : « Imposer des dates comme cela, ça n’a pas beaucoup de sens. » À chaque été sec, il se retrouve devant une contradiction : celle d’implanter un couvert qui ne remplira pas son rôle.

Changer d’espèce

Pour Maxence Bossaert, technicien pour la société A2D (concepteur et distributeur d’adjuvants et d’alternatives naturelles) dans les Hauts-de-France et salarié dans une exploitation de polyculture dans les Flandres, le constat est le même : « cette année, toutes les moutardes blanches ont fleuri dès le 15 septembre. D’habitude, cela arrive plutôt vers le 20 octobre. »

Mais pour Maxence Bossaert, ce n’est pas la date d’implantation qu’il faut changer mais la plante. « La moutarde blanche n’est pas adaptée aux couverts végétaux : elle ne synthétise pas d’azote, elle ne débloque pas de phosphore et de potasse et n’a pas de bénéfice sur la culture suivante. Si elle fleurit, elle lignifie et crée une faim d’azote. Son seul atout est son prix. »

Des couverts diversifiés

Pour lui, il faut donc retirer la moutarde blanche des couverts. Les moutardes brunes et d’Abyssinie sont beaucoup plus profitable, car elles fleurissent plus tard. Mais ce que le technicien recommande le plus, c’est de développer des couverts diversifiés avec six à dix espèces. « Le développement de la méthanisation va entrainer une multiplication de ce type de couverts », estime-t-il.

Renaud d’Hardivilliers