Le 13 mai 2020, dans un communiqué de presse, l’Académie des vétérinaires de France (AVF) a indiqué qu’elle publiait « une méthode simple pour estimer le nombre de personnes touchées par le Covid-19 ». Pour Jean-Luc Angot, le président de l’AVF, même si ce n’est « pas directement d’un sujet vétérinaire », il s’agit de prendre en compte les compétences de la médecine vétérinaire dans la gestion des maladies, notamment en épidémiologie prédictive et dans les dynamiques de circulation virale.

« Dans ce domaine avec les maladies animales, les vétérinaires ont une vraie expertise », assure-t-il. Cette méthode de calcul a été développée par Marc Dhenain, membre de l’AVF, qui travaille également au CNRS et au Commissariat de l’énergie atomique. « Il est expert sur ces sujets de modélisation, explique Jean-Luc Angot. Nous avons donc considéré que nous pouvions modestement contribuer à l’effort collectif. »

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De 1 à 3 millions de Français infectés

« C’est une manière de contribuer à la réflexion scientifique. Nous sommes spécialistes de la gestion des maladies animales. Nous travaillons donc sur des populations, alors que la médecine humaine a plus une gestion individuelle. Or actuellement, il convient aussi d’avoir une approche populationnelle », ajoute Jean-Luc Angot.

Les calculs de l’AVF suggèrent qu’entre un et trois millions de Français ont été touchés, soit de 1,5 à 4,5 % de la population ; des résultats proches de ceux de l’institut Pasteur, qui estime que 6 % de la population a été infectée. Ces chiffres sont supérieurs à ceux présentés par Santé publique France, qui indiquait qu’en France il y avait 140 734 cas confirmés le 13 mai dernier.

Les laboratoires vétérinaires sous-exploités pour le dépistage

Depuis le début de l’épidémie, l’AVF appelle à mieux considérer les expertises et les moyens dont dispose la médecine vétérinaire afin d’épauler la médecine humaine dans la gestion de la crise du coronavirus. Pour permettre de tester le coronavirus à grande échelle, et ainsi avoir une estimation fiable du nombre de personnes infectées, elle a notamment milité pour que les laboratoires vétérinaires et l’industrie des médicaments vétérinaires puissent participer à l’effort de dépistage.

Ainsi, depuis le 6 avril 2020, les laboratoires vétérinaires sont autorisés à réaliser ces analyses. Cependant, les Agences régionales de santé doivent faire appelle à eux pour qu’ils puissent procéder à ces tests. Sur 80 laboratoires vétérinaires, seule une trentaine est concernée par un arrêté préfectoral de « réquisition ou de mise à disposition » leur permettant effectivement de réaliser ces tests. Jean-Luc Angot regrette que ces ressources ne soient pas plus largement utilisées.

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Marie-Astrid Batut