L’alimentation, et donc l’agriculture, sont devenues des préoccupations sociétales majeures, en même temps qu’a grandi une crainte, voire une diabolisation, des pesticides. Mal informé, soupçonnant qu’on lui cache des choses, sensible aux discours écologistes, le citoyen s’alarme.

« Il y a de bonnes raisons de s’interroger sur les pesticides, reconnaît Christian Huygue, directeur scientifique de l’Inra, lors des Controverses européennes de Bergerac le 11 juillet. Ils ont un impact indirect sur la biodiversité, ainsi que sur la santé humaine en modifiant les microbiotes, et donc un effet possible sur les générations suivantes. Le bénéfice réel d’aujourd’hui pourrait avoir un effet négatif sur les générations d’après. Et comme ces impacts systémiques sont inconnus, la méfiance s’installe. »

Le politique hésite

Face aux craintes citoyennes et aux inconnues scientifiques, le politique hésite. Dans l’urgence, il interdit l’usage privé ou dans des lieux publics de certains phytos. Et pour les usages agricoles, il tergiverse ou temporise.

En tout cas, il passe à côté des vraies questions, s’agace Philippe Baret, généticien et agronome, professeur à l’UCL en Belgique : « De façon court-termiste, le politique prend des décisions qui ont des effets à la marge, mais ne questionne pas le modèle agricole. Plutôt que d’aller vers le “sans pesticides demain”, il faut débattre des systèmes agricoles que nous voulons ! Et pour cela, imaginer plusieurs modèles, en sortant de la dualité conventionnel versus bio Les agriculteurs ne se retrouvent ni dans Hulot, ni dans Travert. »

Les promesses de l’agroécologie

Dans les modèles possibles, l’agroécologie semble prometteuse, constate Christian Huygues : « Il y a beaucoup de choses à découvrir sur les microbiotes des végétaux, les solutions écochimiques, l’intérêt des intercultures, etc. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui, par exemple l’arrêt total des phytos, pourrait l’être dans un écosystème très différent. »

La recherche appliquée et l’expérimentation par les agriculteurs seront ici les clés du succès. Encore faut-il encourager ces recherches.

S.B.