Après Marciac, les 24es controverses européennes se tiennent cette année pour la première fois à Bergerac du 10 au 12 juillet. Organisées par la mission Agrobiosciences rattachée à l’Inra, ces journées de réflexion ont réuni près de 130 chercheurs, citoyens et agriculteurs.

Cette année, ceux-ci ont débattu de l’intérêt et de la pertinence des prospectives en agriculture. En général commandées par les pouvoirs publics, elles ont pour but d’éclairer les décideurs sur des scénarios possibles, selon les orientations qu’ils choisiront.

En fait, il n’y a pas qu’un seul futur possible qui serait le prolongement des tendances lourdes du passé et du présent. Les prospectives, au contraire, envisagent des possibles ruptures et des transformations, pour dessiner une multitude de futurs envisageables. En agriculture, les scénarios « tout libéral », « agroécologique » ou « de régionalisation » par exemple, n’existeront que par un choix délibéré des acteurs, et non pas par fatalité.

Le courage du décideur

La prospective est un « atelier de réflexion stratégique », explique Bertrand Schmitt, ancien directeur de recherche à l’Inra. « La prospective est une science transversale qui fait appel à la sociologie, les statistiques, l’économie », précise Bruno Hérault, chef du centre d’études et de prospective (CEP) au ministère de l’Agriculture. Elle doit, pour reprendre Auguste Comte, « régler le présent d’après l’avenir déduit du passé ».

Le « prospectiviste », comme le décideur, a donc un rôle clé. Le premier en ne bridant pas son imagination, le second en ayant le courage de décider d’une orientation, au risque de subir. Même si un homme a la vision, il n’est pas pour autant facile de faire bouger la société, tempère Bruno Hérault.

L’intérêt pour une entreprise agricole

Sébastien Picardat, fondateur du cabinet de conseil Synevop, accompagne les TPE à se transformer numériquement. Il était un des rares entrepreneurs du secteur privé présent à ces débats. Selon lui, les agriculteurs ont besoin de connaître les résultats des prospectives pour s’adapter : « Amazon arrivera d’ici à cinq ans pour la logistique dans le monde agricole, comme elle vient de pénétrer le milieu des artisans du bâtiment. Alors, soit on fait l’autruche, soit on améliore son service pour rester le meilleur sur le dernier kilomètre. »

S.B.