Alors que la Somme et l’Aisne ont gelé les récoltes ce week-end faisant suite à cet incendie, c’est maintenant le département de l’Oise qui procède à des prélèvements afin de « lever le doute » sur la présence éventuelle de produits chimiques dans les cultures, ont annoncé les autorités, confrontées à l’inquiétude des agriculteurs.

Prélèvements en cours

« Dès cet après-midi, les services vétérinaires […] vont se rendre dans une quarantaine de communes de l’Oise identifiées comme ayant une présence de suie pour prélever des échantillons de matière végétale ou de produits laitiers qui seront orientés vers un laboratoire », a annoncé lundi le préfet de l’Oise, Louis Le Franc, lors d’une conférence de presse.

L’incendie de l’usine Lubrizol a provoqué de nombreuses craintes quant à la pollution de l’air et des suies retombées au sol. En conséquence, les autorités des Hauts-de-France ont interdit « à titre conservatoire » la récolte des cultures et des denrées alimentaires d’origine animale « jusqu’à l’obtention de garanties sanitaires sur les productions ».

« Lever le doute »

« Les agriculteurs sont inquiets. La priorité est d’effectuer ces prélèvements pour lever le doute. Il peut y avoir des métaux lourds, des dioxydes, du plomb donc le principe de précaution s’applique pleinement », a déclaré Louis Le Franc à l’issue d’une réunion à Beauvais avec des représentants du monde agricole.

Les premiers résultats d’analyse sont attendus dans « environ une semaine ». « La collecte effectuée devra se maintenir et les produits collectés depuis le 26 septembre devront ensuite être détruits », a poursuivi Louis Le Franc. Cette situation entraînera des demandes d’indemnisation.

Qui indemnisera les agriculteurs ?

« Une question qui engage l’industriel donc son assureur. Il va également falloir que l’État soit en appui derrière cette mécanique pour que les indemnisations arrivent rapidement. » Nul doute que cette question aura été posé au ministre de l’Agriculture qui s’est rendu à Rouen ce lundi après-midi pour s’adresser à la profession agricole. Didier Guillaume a répondu que « les agriculteurs touchés par cette pollution sont des victimes et vous serez indemnisés comme des victimes; les coupables seront condamnés et l’Etat vous accompagnera ! »

« On veut être sûrs que nos produits soient sains. Mais on veut surtout que le monde agricole ne soit pas oublié et qu’on soit bien indemnisés si on détruit nos productions », a insisté Régis Desrumaux, secrétaire général de la FDSEA de l’Oise, disant compter sur le soutien de l’État.

Les syndicats nationaux montent au créneau

« Le nuage touche à ce jour pas moins de 112 communes de la Seine-Maritime, 40 de l’Oise, 39 de la Somme, 14 dans l’Aisne et 5 communes dans le Nord et le Pas-de-Calais, rapportent la FNSEA et JA dans un communiqué diffusé ce 30 septembre 2019. Les agriculteurs ont été frappés de plein fouet. »

Les deux syndicats demandent à « l’État d’apporter le plus rapidement possible des réponses adaptées : les annonces du ministre de l’Agriculture et du ministre de l’Économie concernant l’indemnisation des agriculteurs vont dans le bon sens. Dans un contexte économique et climatique déjà tendu, nous resterons très attentifs à ce qu’aucun agriculteur ne soit lésé. »

De son côté, la Confédération paysanne rappelle que la préfecture de la Seine-Maritime a également pris des arrêtés pour suspendre la mise sur le marché des productions végétales et animales à compter du 26 septembre 2019. Et que les produits sont consignés « sous la responsabilité de l’exploitant ».

« Ces arrêtés précisent qu’après la levée des mesures de consignation, “la mise sur le marché s’effectuera sous la responsabilité de l’exploitant qui devra vérifier au besoin par des autocontrôles la conformité sanitaire de ses produits”. Ces autocontrôles sont irréalisables […]. Et il est inadmissible et scandaleux d’envisager que leur coût soit supporté par » les agriculteurs.

E.R., avec l’AFP