C’est une partie de l’histoire du machinisme agricole européen qui s’apprête à disparaître avec la faillite du constructeur polonais Ursus. Spécialisé dans la fabrication de tracteurs et de matériels agricoles, Ursus n’a jamais réussi à rebondir après la chute de l’empire soviétique.

Des millions de tracteurs vendus

Créée à la fin du 19e siècle, l’entreprise s’est développée fortement à la fin de la seconde guerre mondiale avec l’entrée de la Pologne dans le Pacte de Varsovie. Ursus fournit alors du matériel agricole et surtout des tracteurs aux autres pays du bloc soviétique, en concurrence avec Belarus (Biélorussie), Zétor (ex-Tchécoslovaquie) et Universal (Roumanie).

Sur ce marché captif, il écoule plusieurs millions de tracteurs. Selon les estimations des concessionnaires, Ursus aurait vendu au moins la moitié du 1,5 million de tracteurs encore en parc en Pologne. En France, les tracteurs Ursus ont été importés et commercialisés sous la marque Avto, au même titre que les Belarus, pendant une quinzaine d’années.

Difficultés financières

Les difficultés ont commencé avec la chute du mur de Berlin. Peu adaptés aux goûts des agriculteurs d’Europe de l’Ouest, les matériels Ursus ont aussi subi la concurrence des Occidentaux sur leurs marchés historiques.

La compagnie a tenté de se relancer plusieurs fois, en particulier lors d’Agritechnica 2017, avec une gamme modernisée et la perspective d’évolutions technologiques comme l’arrivée d’une variation continue CVT. En 2019, Ursus a vendu l’un de ses sites au néerlandais Trioliet, spécialisé dans les mélangeuses. Cette restructuration n’aura pas suffi à sauver cette marque vieille de 125 ans, dont les pertes ont dépassé 12 millions d’euros en 2020.

Corinne Le Gall