Les Français sont-ils pessimistes ou nostalgiques ? Pour environ trois quarts d’entre eux, la vie « c’était mieux avant ». Et près de la moitié pense la même chose de l’alimentation et de l’agriculture. C’est ce que révèle une étude réalisée par OpinionWay pour le Meatlab de Charal dont les résultats ont été dévoilés le 1er octobre 2021.

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Une nostalgie positive

Ces résultats laissent penser que les Français ont une vision plutôt pessimiste du présent. Francis Eustache, neuropsychologue (1) et directeur de l’unité de recherche de neuropsychologie et d’imagerie de la mémoire humaine (Inserm — EPHE, université Caen Normandie), considère que ce sentiment du « c’était mieux avant » ne doit pas forcément être interprété négativement. Il préfère parler de « nostalgie ».

La mémoire humaine a un « biais de positivité, estime le spécialiste de la mémoire. Quand on regarde vers le passé, on a tendance à édulcorer, à fabriquer une narration identitaire positive du passé, vectrice d’énergie vitale. Cela nous permet de nous projeter dans le futur ». Et d’ajouter que ce sentiment subjectif de nostalgie n’est pas forcément en accord avec la réalité du passé.

Des sens « alimentaires » directement connectés à la mémoire

En ce qui concerne l’alimentation, le biais de positivité de la mémoire est accentué. L’alimentation est plus « émotionnelle » car elle fait appelle à deux sens particuliers : « L’olfaction et la gustation sont en prise directe avec la mémoire, contrairement aux autres sens dont les schémas de transmission et de connexion avec le cerveau sont plus complexes, plus rationnels », détaille Francis Eustache.

Ces deux sens sont neurologiquement directement connectés à la zone du cerveau affectée à la mémoire. Ils sont ainsi des vecteurs importants d’émotions. « Il y a un côté irrationnel dans le lien entre l’alimentation et la mémoire, détaille Francis Eustache. Elle crée d’abord une émotion sans qu’on en perçoive tout de suite l’origine, le souvenir qu’elle nous évoque. »

Des souvenirs alimentaires irrationnels

Dans À la recherche du temps perdu, « il a bien fallu quatre pages de Marcel Proust pour que le narrateur trouve le souvenir en lien avec l’émotion qu’il ressent quand il déguste une madeleine », ironise le chercheur. Notre mémoire de l’alimentation serait donc biaisée positivement, ce qui pourrait expliquer pourquoi 46 % de la population française juge qu’elle était mieux avant.

Le neuropsychologue explique que ce biais s’accentue avec l’âge. Dans l’étude, on remarque d’ailleurs qu’il existe un fossé générationnel dans la perception de l’alimentation. Ainsi, les baby-boumeurs (57 ans et plus) et la génération X (de 41 à 56 ans) sont respectivement 47 % et 51 % à estimer que l’alimentation s’est dégradée depuis 1970 alors que seulement 35 % des répondants de la génération Z (19-21 ans) partage cette opinion. Les souvenirs alimentaires des plus jeunes seraient moins biaisés positivement par la mémoire et les émotions, ils seraient donc plus rationnels.

Marie-Astrid Batut

(1) également président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires.