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Dialogue de sourds entre Macron et les maires

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Congrès - Dialogue de sourds entre Macron et les maires
Emmanuel Macron a plus généralement attisé la circonspection, voire l’incrédulité de son auditoire. ©Rosanne Aries/GFA

Alors que les maires n’ont cessé de réclamer des finances plus équitables et le maintien de leurs compétences tout au long de la deuxième journée de congrès, Emmanuel Macron a choisi de délaisser ces sujets, pour se mobiliser sur l’acte 2 de son mandat. Décryptage de ses propos et retour sur ce qu’il faut retenir pour l’agriculture.

Il avait préféré éviter l’événement en 2018. Un an plus tard, gilets jaunes obligent, et à l’issue de six mois de grand débat dans les régions de France, le président de la République était pourtant parvenu à renouer le dialogue avec les maires. Mais à l’occasion de leur 102e congrès, il semblait à nouveau « ailleurs ».

Appelant à l’apaisement, son discours a pourtant bien commencé, le chef de l’État indiquant avoir acquis une « expérience » aux côtés des édiles. Bref de les avoir compris jusqu’à les hisser en « piliers de la République ». Mais à l’arrivée, il est loin d’avoir répondu à leurs attentes. Plusieurs maires ont même choisi de quitter l’auditorium, alors qu’il s’exprimait. Et si des applaudissements se sont ponctuellement fait entendre, Emmanuel Macron a plus généralement attisé la circonspection, voire l’incrédulité de son auditoire.

« Vouloir acheter un lièvre en sac »

C’est que le chef de l’État a fait le pari de ne pas répondre à leurs sollicitations. Problème de représentativité, transfert de compétences dont l’eau, pénurie de moyens : la grande majorité des maires s’est exprimée sur ces sujets.

« Comment se fait-il que ma commune ne touche que 30 euros par habitant et qu’il y ait des agglomérations qui en touchent 90 », a lancé Christian Derouet, maire de Lonlay-l’Abbaye, une commune rurale de 1 200 habitants en Normandie. « La loi Nôtre a donné trop de pouvoir aux présidents des intercommunalités, a poursuivi Guy Dailleux, maire de Cernusson dans le Maine-et-Loire qui compte 336 habitants. Dans celle du Choletais, 95 % des décisions sont prises par avance. À quoi bon se déplacer ? »

Jacques Servat, adjoint au maire d’Oust, une commune de 550 habitants dans les Pyrénées ariégeoises a regretté le temps des Pays : « Comment s’y retrouver avec une communauté de communes qui en regroupe 95 ? ». Et André Laignel, premier vice-président délégué de l’Association des maires de France (AMF) et maire d’Issoudun (Indre), s’est vivement opposé à la réforme du financement des communes : « À l’heure qu’il est, aucune simulation n’est faite. On demande aux parlementaires un vote à l’aveugle. Chez moi, on dit que c’est « vouloir nous faire acheter un lièvre en sac ». »

Voir le Premier ministre pour toute réclamation

Mais le président de la République a ni plus ni moins balayé ces préoccupations d’un revers de la main, en le renvoyant vers son Premier ministre. « Je pourrais utiliser le même discours que Mitterrand en 1994, a-t-il indiqué : si j’avais voulu répondre à ces sujets point à point, j’aurai fait ministre ou Premier ministre. C’est d’ailleurs pour cela que je vous les envoie durant tous ces jours. »

Un héritage de « vingt années de délire »

Ça n’est pas son rôle, donc, de répondre à ces difficultés des maires, a-t-il estimé. C’est aussi qu’elles ne sont pas de son fait, a-t-il ajouté. Déjà, quelques heures plus tôt, Sébastien Lecornu, son ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires faisait part de ce lourd héritage. À savoir « vingt ans de délire durant lesquelles on a adoré tout ce qui était gigantesque, les grandes intercommunalités, les grands cantons, les grandes régions ».

Sébastien Lecornu, en discussion avec des maires. ©Rosanne Aries/GFA

« Cela fait maintenant dix ou quinze ans que l’on tourne complètement le dos au bloc communal, toute majorité confondue, a-t-il poursuivi. Il y a ainsi toute une génération de maires élus en 2014, qui est convalescente et qui a du mal à se remettre. Nous avons tous passé notre temps à parler de tuyauterie, de problèmes financiers, à vivre les baisses de dotation de l’État sous le quinquennat précédent, et à se fâcher entre collègues sur le transfert de compétences. Je veux pour la génération d’élus 2020-2026, que nous prenions des décisions d’équilibre, de justice et de paix. »

Le chemin semble encore long. Le président de la République a engagé rapidement son discours sur les fractures à résorber, enjoignant les maires, à l’y aider. Puis s’est empressé de dérouler la suite de son programme pour sa seconde moitié de mandat.

Voir aussi : Congrès des maires — Macron veut « recoudre la France » (19/11/2019)

Remettre tout le monde en marche

De son côté, François Baroin, président de l’association des maires de France a laissé échapper quelques pics timorés, en particulier sur le manque de moyens des communes. Il a témoigné notamment « d’une politique assez injuste ». Le président de l’AMF, maire par ailleurs de Troyes, a souligné qu’à la fin de ce mandat, les communes et intercommunalités auront investi 16 milliards d’euros de moins que le mandat précédent, 20 % d’investissement public en moins et 25 % de services publics et d’accompagnement en moins également. « Nous disons stop ».

Discours parallèles. François Baroin et Emmanuel Macron. ©Extrait de Public Sénat

Le gouvernement a désormais la charge de répondre à ces questions durant ces prochains jours et de remettre tout le monde en marche. Édouard Philippe clôturera jeudi le congrès des maires, il devrait notamment s’exprimer sur la compensation à donner à la suite de la suppression de la taxe d’habitation pour le financement des communes. La ministre de la Santé devrait aussi annoncer de nouvelles mesures pour lutter contre la désertification médicale notamment. Et le président de poursuivre son cap et sa vision qui n’est pas celle du passé, a-t-il insisté.

Rosanne Aries
L’essentiel à retenir pour l’agriculture

Emmanuel Macron a souligné qu’un maire sur 5 était agriculteur ou ancien agriculteur, avant de s’exprimer sur les arrêtés anti-pesticide.

« Ce rôle en matière d’écologie ne doit pas conduire les maires à prendre des décisions qui ne relèvent pas du pouvoir de police du maire. La toxicité d’un produit chimique, ce n’est pas de la compétence du maire. Et je vais vous dire, c’est une bonne chose pour vous. »

Le risque d’une « guérilla terrible »

« Quand je vois des maires qui prennent des arrêtés pour interdire les pesticides dans leur commune, quel sens ça a ? Est-ce que la toxicité de ce pesticide ne serait pas la même à Plougastel ou à Morlaix ? C’est pour vous protéger que ce pouvoir n’est pas donné, sinon ce sera la guérilla terrible et surtout l’incompréhension généralisée. Et donc en la matière, j’en appelle à modération. »

Il entend par ailleurs « encourager la conversion des exploitations agricoles vers le bio et la haute valeur environnementale, et qui développent des plans alimentaires territoriaux pour approvisionner les écoles ainsi que les marchés en circuit court ».

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