Après un président de la République qui, la veille, avait repris l'essentiel du contenu de ses discours précédents sur l'agriculture, Michel Barnier n'a pas fait jeudi d'annonces fracassantes au congrès de la FNSEA à Nantes. Le ministre de l'Agriculture n'a pas non plus dévoilé le déblocage d'enveloppes de soutien particulières pour certains secteurs en difficulté au moment où la France va devoir faire des économies de plusieurs milliards d'euros.

Le dossier le plus chaud du moment reste sans conteste la crise de la FCO (fièvre catarrhale ovine). «A ce jour, les moyens financiers que vous avez mis en oeuvre sont notoirement insuffisants», a déclaré le président de la FNSEA au ministre, en lui demandant «un plan ambitieux d'aide à la trésorerie et de compensation des pertes d'animaux.»

Pour toutes les différentes crises (FCO, crise porcine, gel chez les arboriculteurs…), «je mobiliserai avec le concours du premier ministre, tous les leviers de la solidarité nationale, toutes les marges de mon budget, malgré un contexte difficile», n'a pu que répondre Michel Barnier.

Au sujet de la vaccination des animaux, le ministre a indiqué qu'il veillera à ce que le dialogue ait lieu dans les départements entre éleveurs et vétérinaires, comme le souhaite la FNSEA. Le syndicat veut en effet pouvoir négocier les tarifs de la vaccination en mettant en place des commissions départementales bipartites éleveurs-vétérinaires. Pour répondre à l'urgence, «chaque éleveur doit avoir, s'il le souhaite, la possibilité de vacciner lui-même son troupeau», a de nouveau déclaré la FNSEA. Et alors que le syndicat s'inquiète de la livraison trop lente des vaccins, Michel Barnier a affirmé qu'à la fin d'août, 15 millions de bovins et 11 millions de petits ruminants seront vaccinés.

Par ailleurs, concernant le coût de l'énergie frappant les producteurs sous serres, le ministre a annoncé que des instructions vont être données aux préfets pour que les remboursements de TVA des mois de janvier, février et mars soient réalisés rapidement.

Pour Michel Barnier, la mise en place d'outils pour anticiper et gérer les crises est une véritable priorité. Ainsi, en matière d'épargne de précaution, le ministre entend améliorer «significativement» la déduction pour aléas. Les pouvoirs publics «encourageront» le développement de l'assurance contre les risques climatiques. Des fonds publics et privés seront mutualisés pour créer un fonds sanitaire, sans qu'il y ait désengagement des pouvoirs publics sur les catastrophes sanitaires, a précisé le ministre. Enfin, Michel Barnier a indiqué la nécessité d'un engagement des filières dans l'organisation de la prévention et de la gestion des risques, évoquant le mémorandum déposé par la France à Bruxelles.

Sur ce point, «il faut réussir et convaincre», lui a lancé Jean-Michel Lemétayer, rappelant au ministre que la FNSEA plaide pour «des interprofessions fortes dans tous les secteurs». Le congrès a en effet adopté son rapport d'orientation sur le choix de l'organisation économique, qui est également le titre du rapport.

Au-delà des difficultés rencontrées par certains secteurs, le syndicat n'a pas manqué de rappeler au ministre d'autres dossiers qui engagent l'avenir Ainsi, le syndicat explique qu'après avoir participé aux travaux du Grenelle de l'environnement, il estime aujourd'hui être «oublié». «Il y a une kyrielle de groupes de travail dans lesquels le secteur agricole est trop souvent absent. Nous sommes contraints d'intervenir sans cesse pour rappeler à Jean-Louis Borloo que nous existons», a déclaré Jean-Michel Lemétayer.

Concernant les produits phytosanitaires, Michel Barnier a assuré les congressistes qu'il «ne laisserait pas les agriculteurs sans solution face aux impasses techniques». D'autre part, la FNSEA sera associée aux discussions sur les propositions de la France pour un mémorandum sur les conditions sanitaires des importations des pays tiers. Les échanges auront lieu dans les prochaines semaines.

Au sujet de la compétitivité des filières animales, Michel Barnier va ouvrir, avec le ministère de l'Ecologie, «le chantier de la simplification des règles environnementales», pour faciliter l'effort pour la mise aux normes des bâtiments d'élevage.

Par ailleurs, l'évocation des rencontres «Animal et société», sorte de Grenelle des animaux, a provoqué des rires dans la salle. Sur ce point, les syndicalistes entendent d'ailleurs être «vigilants et exigeants» tandis que le ministre a assuré les éleveurs qu'il ne les laisserait «pas être mis au banc des accusés».

Enfin, alors que le bilan de santé de la Pac a fait l'objet d'une délibération du congrès de la FNSEA, le ministre a expliqué jeudi qu'il faudra avoir la «bonne boîte à outils» pour rénover les mécanismes de stabilisation des marchés. D'autre part, a-t-il rappelé, il faudra parvenir à «un meilleur équilibre entre les productions et les niveaux de soutien – y compris en soutenant davantage les productions herbagères mais pas seulement elles – plus en phase avec les réalités des marchés et les objectifs d'une agriculture durable». Une répartition des aides qui a d'ailleurs fait l'objet d'un débat plutôt vif entre régions céréalières et herbagères lors d'un débat à huis clos du congrès, et qui n'est sans doute pas terminé.

Le pluralisme dans les interprofessions

La FNSEA a de nouveau affirmé avec vigueur son opposition à l'entrée des syndicats minoritaires dans les interprofessions. «Je vous le dis avec solennité, Monsieur le ministre: n'en profitez pas pour poser le débat, aussi inutile que contreproductif, de la participation des syndicats minoritaires dans le collège de la production», a lancé Jean-Michel Lemétayer. Car si tel était le cas, «des enceintes de dialogue fructueux seraient réduites à des espaces de débats idéologiques stériles», a déclaré le président de la FNSEA. Michel Barnier a répondu qu'il tiendra compte de cette mise en garde. «Je ne ferai rien au détriment de la cohésion et de la cohérence qui sont le gage d'efficacité de ces interprofessions», a-t-il expliqué.

Téléchargez leDiscours de Michel Barnier au Congrès de la FNSEA, le 3 avril 2008 à Nantes (84.90 Ko) et leDiscours de clôture de Jean-Michel Lemétayer au Congrès de la FNSEA le 3 avril 2008 à Nantes (120.17 Ko) .

Y.H.