L’administration Trump va imposer des droits de douane supplémentaires sur des produits européens, trois semaines avant la transition présidentielle, estimant que l’Union européenne (UE) a prélevé trop de taxes sur des produits américains dans le cadre du litige entre Boeing et Airbus.

Une action qui « perturbe » les négociations en cours

Cette nouvelle offensive, applicable le 12 janvier 2021, vise les produits français et allemands en augmentant de 25 % des droits de douane sur les vins non pétillants, moûts de raisin et cognacs, et de 15 % sur les pièces de fuselage, d’empennage et autres pièces aéronautiques — jusque-là épargnées alors que les avions complets étaient déjà taxés à 15 % -, selon une liste publiée mercredi 31 décembre 2020 par le représentant américain au Commerce (USTR).

« Cette action américaine unilatérale perturbe les négociations en cours entre la Commission et le représentant américain au Commerce pour trouver un règlement dans le long conflit entre les avionneurs (Boeing et Airbus, ndlr) », a réagi la Commission européenne dans un communiqué jeudi.

« L’Union Européenne va collaborer avec la nouvelle administration américaine le plus tôt possible pour poursuivre ces négociations et trouver une solution pérenne à cette dispute », ajoute l’exécutif européen.

De leur côté, quatre ministres français, dont celui de Agriculture, Julien Denormandie, et de l’Économie Bruno Le Maire, ont regretté dans un communiqué commun une décision « inamicale », promettant d’engager « au plus vite les discussions avec la nouvelle administration américaine » pour trouver « une solution pérenne à ce contentieux ».

La filière française des vins et spiritueux « sacrifiée »

Ils ont également promis de recevoir les représentants de la filière viticole « la semaine prochaine ».

La filière française des vins et spiritueux est « sacrifiée pour un différend sur l’aéronautique », a dénoncé jeudi sa Fédération d’exportateurs FEVS. « On redoutait l’escalade du conflit, on y est, et ça va durer », a déploré auprès de l’AFP le président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français, César Giron, estimant que le manque à gagner pourrait dépasser le milliard d’euros pour la filière viticole.

Ces taxes s’ajouteront à celles déjà imposées depuis 2019 sur des importations européennes comme le vin, le fromage, l’huile d’olive ou le whisky, ainsi que sur les avions Airbus.

Washington y avait été autorisé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les États-Unis ont été autorisés en octobre 2019 à imposer des taxes sur près de 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros) de biens et services européens importés chaque année, la sanction la plus lourde jamais imposée par l’OMC.

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Des produits agricoles américains taxés à 25 %

Et en octobre, l’institution a également autorisé l’UE à appliquer elle aussi des droits de douane supplémentaires sur des produits importés des États-Unis.

Depuis le début de novembre, l’UE impose des droits de douane sur 4 milliards de dollars d’exportations américaines.

Les avions Boeing sont taxés à 15 %, des produits agricoles (tabac, patates douces, blé, fruits…), agroalimentaires (alcools forts, chocolat…), ou manufacturés (tracteurs, pelleteuses, pièces de vélo…), le sont à 25 %.

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Des taxes punitives jugées « injustes »

C’est ce qui mécontente les États-Unis, qui estiment que le périmètre choisi par l’UE pour calculer ces taxes punitives conduit à un montant trop élevé prélevé sur des produits américains, et juge la situation injuste.

En cause, d’une part la période de référence, d’autre part le périmètre géographique. Ainsi, « pour mettre en œuvre ses tarifs, l’UE a utilisé des données commerciales d’une période au cours de laquelle les volumes commerciaux avaient été considérablement réduits en raison des effets terribles sur l’économie mondiale du Covid-19 », dénonce l’USTR.

« Le résultat de ce choix a été que l’Europe a imposé des droits de douane sur beaucoup plus de produits que ce qui aurait été couvert si elle avait utilisé une période normale. Bien que les États-Unis aient expliqué à l’UE l’effet de distorsion de la période choisie, l’UE a refusé de modifier son approche », souligne encore le communiqué.

« Compenser cette injustice »

Les États-Unis ont ainsi annoncé « changer leur période de référence pour s’aligner sur celle utilisée par l’Union européenne ».

Par ailleurs, déplore Washington, « l’UE a fait un autre choix qui a injustement augmenté le montant » des droits de douane prélevés, en excluant de son calcul le Royaume-Uni, et estime que « l’UE doit prendre des mesures pour compenser cette injustice ».

AFP