Constatant le « manque d’élan des paysans pour aller voter », l’équipe nationale de la Confédération paysanne, elle, ne se démobilise pas. Jusqu’aux premiers jours du scrutin, et même après, ses membres prévoient d’arpenter les départements, où le syndicat fait campagne sous forme de « fermes ouvertes » invitant les paysans à échanger. Si les thèmes habituels du syndicat sont présents – du partage des terres à celui des volumes, sans oublier la diminution des phytos et la réponse aux attentes sociétales –, c’est sur le revenu que celui-ci a axé sa campagne. Avec un slogan court : « Produire pour vivre ».

« Avoir un revenu et du temps pour vivre »

« On est des producteurs, on n’est pas là pour tailler des haies, même si le soin de l’environnement fait partie du métier », a expliqué Laurent Pinatel, lors de la présentation des vœux du syndicat à la presse, mercredi. Et produire « pour vivre », c’est à la fois « pour avoir un revenu et pour avoir du temps pour vivre, une qualité de vie ».

Et concrètement, que propose le syndicat pour reconquérir du revenu ? Il poursuit son plaidoyer pour une « meilleure répartition des aides de la Pac », sans lâcher le combat face aux « prédateurs de la valeur ». Des actions ont ainsi commencé à être engagées contre la grande distribution, accusée de « ne pas jouer le jeu » du partage de la valeur et du « ruissellement ». « La politique des prix bas encourage la standardisation et l’industrialisation de l’agriculture et la disparition des paysans et de leurs savoir-faire », martèle le syndicat, qui affiche l’objectif d’un million de paysans en France. Outre la distribution, l’agro-industrie est également dans le viseur de la Confédération paysanne, qui s’apprête à saisir le parquet financier pour enquêter sur les comptes de Lactalis.

Convaincre les agriculteurs de l’utilité d’aller voter

« Notre ambition est aussi de réconcilier l’agriculture avec la société. Et pour cela il ne suffit pas de dire « stop à l’agribashing » : il faut engager une vraie transition agricole », insiste Laurent Pinatel. La Confédération paysanne assume et revendique d’être le « seul syndicat qui est capable de pointer du doigt les dérives du monde agricole – industrialisation, phytos… ». Pas seulement pour se rabibocher avec l’opinion publique, mais aussi parce qu’elle juge qu’il est de son devoir de combattre un « modèle qui remet en cause la capacité d’installation, le sens du métier, la rémunération tout en accaparant les droits à produire et les primes ».

Il reste à convaincre les agriculteurs, déçus du syndicalisme agricole ou des instances politiques en général, de l’utilité d’aller voter. Non seulement pour (ré) orienter la gestion des chambres d’agriculture, mais pour déterminer le poids relatif des syndicats dans les instances de débat politique.

Quelle que soit l’issue du scrutin, un nouveau porte-parole succédera en mai à Laurent Pinatel, arrivé au terme des huit années de mandat national autorisées par les statuts du syndicat.

Bérengère Lafeuille