L’excédent commercial de l’agriculture française a été divisé par deux au cours des cinq dernières années et la France est le seul pays à avoir perdu des parts de marché à l’exportation. Les sénateurs ont convié Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, à se prêter à un exercice de questions et de réponses à ce sujet, dans leur Hémicycle le 1er octobre 2019.

La moitié des fruits et légumes sont importés

Pour le sénateur Laurent Duplomb, auteur du rapport « La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? », les raisons de cette baisse de la compétitivité de l’agriculture française sont multiples. Charges de production qui ne cessent d’évoluer, tendance française à surréglementer les normes européennes, dumping social des autres États membres qui produisent à moindre coût… entraînant une augmentation des importations des produits agricoles. « 1 fruit et légume sur 2 est importé, 25 % du porc consommé en France provient de l’Allemagne ou de l’Espagne, les importations de viande de volaille ont augmenté de 37 % en 2017 », constate le parlementaire.

Marché chinois et restauration hors domicile

Si Didier Guillaume a dit partager beaucoup des conclusions du rapport des sénateurs, il a rappelé que l’objectif du gouvernement n’était pas de « mettre des boulets aux pieds des agriculteurs », mais de rendre l’agriculture française de plus en plus compétitive, alors que 25 % du revenu des agriculteurs provient de l’exportation. Il a cité deux pistes d’amélioration. La première, augmenter l’exportation de la viande bovine française vers la Chine, qui a levé son embargo depuis plusieurs mois, la seconde, pénétrer le marché de la restauration hors domicile, qui utilise en très grande majorité des produits importés.

« L’agriculture : variable d’ajustement des accords commerciaux »

Ces importations sont, selon les sénateurs, facilitées par les accords de libre-échange, dont « l’agriculture est toujours la variable d’ajustement » et par la difficulté à contrôler la qualité des produits qui arrivent sur le territoire européen. Selon le rapport des sénateurs, un quart des produits agricoles importés ne respectent pas les normes qui s’appliquent à l’agriculture française. Un chiffre contesté par le ministre qui estime que 1 % des produits ne sont pas conformes et qui a rappelé que la première concurrence provenait des autres États membres de l’UE.

Étiquetage des produits

Plusieurs sénateurs ont rappelé l’importance de mettre en place une obligation d’étiquetage de la provenance des produits, pour une meilleure information des consommateurs. Didier Guillaume s’est dit en accord avec une telle mesure, afin de stopper la coupure qui existe entre le monde agricole et les consommateurs et plus largement entre les territoires ruraux et urbains.

B. Quantinet