Les premières voitures sont arrivées le samedi 25 mai vers 9 heures, et à 10h15, la plupart des visiteurs étaient déjà là. « Ça s’est bien passé », sourit Bruno Bioret. Avec près de 330 adultes et 50 enfants, l’opération portes ouvertes semble effectivement avoir mobilisé au-delà des espérances des exploitants. Ils ont accueilli des voisins, des riverains de leurs parcelles, mais également les propriétaires auxquels ils louent leurs terres, et même le maire.

Cet événement, Magaly et Bruno Bioret, agriculteurs à Nort-sur-Erdre, l’avaient annoncé dès le lendemain de leur agression, à l’automne dernier. Car, loin de se renfermer sur eux à la suite des menaces dont ils ont fait l’objet, ce qu’ils souhaitent avant tout, c’est expliquer leur métier et leur passion pour l’agriculture, afin de combattre les idées reçues.

Fait maison

S’ils ont sollicité des partenaires et fournisseurs, les exploitants ont financé et organisé cette journée seuls. « On n’a pas eu un centime de qui que ce soit, mais ça nous permet de dire ce que l’on veut. On est chez nous après tout », lance Bruno.

Les Bioret ont mobilisé une dizaine de volontaires pour les aider au montage, le vendredi précédent. Il y avait la sono, les mange-debout, mais également ces stands, tenus par Passion Céréales, D’Aucy ou des petites entreprises locales. Les visiteurs ont pu aussi découvrir les technologies de précision utilisées par Bruno, un projet de ruchers collectif, et même des purins de plantes, commercialisés par un ami du couple.

« On ne veut pas d’opposition entre les différentes formes d’agriculture », a lancé Bruno à la tribune. Magaly et lui comptaient prendre la parole à la fin de la matinée, brièvement. Mais devant la grogne de certains visiteurs, qui commençaient à critiquer les discours des stands, les exploitants se sont avancés sur scène.

Enterrer la hache de guerre

« En préparant notre discours, on avait prévu une quarantaine de minutes », se rappelle Bruno. Dans le feu de l’action cependant, Magaly et lui ont parlé pendant une heure trente. Ensuite, les questions ont fusé. « Alors j’ai proposé de poursuivre par un débat », précise Bruno.

« 98 % des gens qui sont venus étaient de notre côté », poursuit Bruno. Toute la foule n’était donc pas acquise aux exploitants. Dans les 2 % restants, se trouvaient des personnes proches du mouvement des Coquelicots, qui avaient de nombreuses interrogations sur les pratiques des Bioret.

Il y avait cette femme, notamment, qui a confié sa peur « des grands portiques pour épandre les pesticides » qu’elle aperçoit dans les champs. Une inquiétude à laquelle Bruno a répondu par la pédagogie. « Je lui ai expliqué qu’il ne s’agissait de pivots d’irrigation, et qu’il n’y a que de l’eau dedans. Parfois, les gens se montent le bourrichon entre eux, et la pression monte. C’est ce que nous avons essayé d’expliquer dans notre discours aussi. »

Vers le futur et au-delà

Si les portes ouvertes visaient à expliquer les pratiques actuelles des Bioret, les exploitants en ont également profité pour dévoiler leurs projets à venir. « On a un projet de biométhane, et on aimerait convertir nos surfaces de légumes au bio », confie Bruno.

Après un cocktail autour d’un buffet organisé par un traiteur du village, les derniers invités ont quitté l’exploitation vers 14h30 le samedi. Mais le travail n’était pas fini pour les exploitants, que le démontage a occupés pendant toute la journée du lundi. « On n’a eu que des félicitations, de la part des délégués syndicaux comme des partenaires », se réjouit Bruno.

Ivan Logvenoff