Il est dix-neuf heures, vingt heures peut-être. Comme chaque jeudi, un étudiant, ou une jeune cadre sortent du travail pour retrouver leurs amis au bar du Comptoir, sur la place de Fougères (Ille-et-Vilaine). Là, ils découvrent leur groupe en train de crier autour d’une planche de charcuterie pour répondre le plus vite possible aux questions posées par un éleveur porcin. De la fiction ? Non, un Happig hour. On rit, on boit, on apprend sur la filière. Et surtout, on se rencontre.

Une joyeuse équipe dans le bar du Comptoir, à Fougères. © DR

« Les consommateurs doivent répondre à cinq défis, qui sont lancés par des éleveurs en face d’eux. S’ils jouent au cinq, ils gagnent une planche de charcuterie », s’amuse Adrien Simon, éleveur porcin à Fougères. Dégustation à l’aveugle, identification de céréales, quizz : les jeux restent simples. « Il ne faut pas que ça soit difficile. Les gens sont comme nous, en fin de journée, ils n’aiment pas réfléchir trop fort », reconnaît Adrien.

3 soirées, 600 consommateurs

Les premiers événements ont eu lieu à l’initiative du Comité régional porcin Bretagne (CRP) à Quimper et à Rennes en 2018. En 2019, c’est au tour des producteurs de s’approprier la démarche. Trois d’entre eux ont répondu présent, en organisant des rencontres à Lamballe (Côtes-d’Armor), à Loudéac (Côtes-d’Armor) et à Fougères. Des initiatives qui ont mobilisé une trentaine de bénévoles, et près de 600 consommateurs.

Pour encourager les éleveurs à se lancer, le CRP a même lancé un concours du meilleur Happig hour. Remis au Space, le prix a été remporté cette année par Adrien et son événement organisé en juin au bar Le Comptoir, à Fougères. « Nous l’avons choisi parce qu’il a organisé son événement seul, et qu’il y avait une majorité d’éleveurs dans l’équipe d’animation », se réjouit Eva Bohmert, chargée de communication au CRP et membre du jury.

Un événement ouvert

« Une végétarienne est venue, et on a bien rigolé avec elle. Elle a fait les défis avec ses amis jusqu’au bout. Et comme elle avait joué le jeu, je suis allé lui couper des tranches de fromage à la fin », raconte Adrien. Au Happig hour, pas besoin de manger de la charcuterie pour avoir le droit de poser des questions : tous les curieux sont les bienvenus.

En 2018, Adrien était volontaire sur les premiers événements. Cette année, pour son premier événement en tant qu’organisateur, il a fait jouer son réseau. « Je connais bien le barman, c’est un fils d’éleveur. Il était même plus pressé que moi avant l’événement. Pour les volontaires, je suis allé solliciter les éleveurs de mon groupement. J’ai aussi réussi à avoir un vétérinaire, un commercial, quelqu’un qui travaille dans la formulation des aliments. Toute la filière était représentée ! »

Prendre le risque

Adrien a eu du mal à convaincre certains de ses collègues de participer à cette soirée. « Certains avaient peur de se retrouver face aux consommateurs, de ne pas savoir répondre à certaines questions, ou même de se faire agresser. » Adrien les a convaincus en créant des binômes pour chaque défi, et en expliquant qu’il s’occuperait personnellement des visiteurs qui posaient un problème.

Plus de peur que de mal : la soirée s’est déroulée sans heurts. « On entend beaucoup de critiques, mais les consommateurs ne sont pas fondamentalement contre nous. Ils se posent simplement des questions. Si on arrive à y répondre directement, il n’y a pas mieux pour communiquer sur l’élevage. »

Ivan Logvenoff