Les entreprises privées peuvent-elles avoir du poids sur la répartition de la valeur entre les maillons de la chaîne agroalimentaire ou faut-il confier cette mission uniquement aux politiques publiques ? C’est une évidence, a répondu le collectif Commerce équitable France (1) lors d’une conférence sur le stand du label Agri Ethique France, au Salon de l’agriculture le 28 février 2022.

Un rôle important à jouer

Pour ce collectif, un meilleur partage de la valeur est possible sous l’impulsion des entreprises privées. Des filières équitables, c’est-à-dire qui garantissent des prix rémunérateurs pour les producteurs, peuvent jouer un rôle important.

Plus de 90 organisations de producteurs sont déjà engagées dans des filières du commerce équitable en France, selon les chiffres de 2020 de Commerce équitable France. Ces filières permettent de garantir une construction du prix validée par les agriculteurs qui couvre leurs coûts de production.

Julie Maishonhaute, responsable des filières françaises de Commerce équitable France, regrette cependant que les distributeurs ne soient pas davantage engagés dans ces filières : « Les distributeurs ne s’engagent pas toujours, c’est un levier qui pourrait être activé plus largement », remarque-t-elle.

Répondre au consommateur

Les ventes mondiales de produits équitables ont progressé de 12 % en 2020. Elles représentent 1,827 milliard d’euros, selon l’observatoire de 2021 de Commerce équitable France et le levier est forcément le consommateur pour Quentin Mathieu, responsable de l’économie pour La Coopération Agricole.

Auparavant, l’acte d’achat était conditionné à la marque et au prix, « mais maintenant ce n’est plus suffisant », estime l’économiste. Les distributeurs vont être obligés de répondre à une nouvelle dynamique dans les actes d’achat qui prend en compte la rémunération des agriculteurs et les enjeux environnementaux. Certains distributeurs s’y intéressent déjà, et de citer la démarche Act for Food de Carrefour ou la montée en gamme opérée par Lidl et Aldi.

Trop de labels

Le risque est cependant de multiplier les labels et de perdre le consommateur entre l’Agriculture biologique, les labels rouges, les sans-résidus-de-pesticide, etc. prévient Quentin Mathieu. « Il faut avoir seulement quelques démarches très fortes sur la rémunération des agriculteurs et les engagements environnementaux », résume l’économiste.

Il est rejoint sur ce point par Julie Maishonhaute, « Il faut une communication claire sur les labels et des contrôles », insiste-t-elle. Pour soutenir les entreprises qui s’engagent dans ces filières, Julie Maishonhaute propose également de mettre en place des outils de fiscalité incitatifs.

Les entreprises comme catalyseur

Les entreprises du milieu agroalimentaire peuvent avoir un pouvoir de « catalyseur », d’accélérateur, estime Anaïs Gallene, responsable RSE des filières de l’amont de la marque Blini, qui vient de créer sa filière équitable. « Cela change notre relationnel avec l’amont agricole et les transformateurs », décrit-elle. Et d’ajouter que c’est un travail de « changement de culture » qui nécessite beaucoup de dialogue entre les maillons de la filière.

La marque a mis en place une filière avec des contrats pluriannuels, les producteurs s’engagent de leur côté sur un programme de transition agroécologique. « Ce qui compte, c’est le collectif et que chaque maillon y trouve un intérêt », ajoute Anaïs Gallene, confiant que c’est un travail sur le long terme.

Marie Salset