« Comment la profession agricole peut-elle prendre part collectivement à la distribution de ses produits ? » Telle est la question que se sont posés le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) et Coop de France, lors d’un colloque organisé à Paris, le jeudi 24 mars 2016. Si la motivation est bien présente chez les jeunes et certaines coopératives, les moyens d’y parvenir restent complexes. D’autant que des acteurs locaux n’ont pas attendu leurs travaux pour développer leurs propres outils, chacun sur leur territoire.

« On a six ou sept ans de retard sur ce qui se fait déjà dans le Rhône-Alpes », reconnaît Christophe Lenaerts, en charge de ce projet chez JA, tout en dénonçant l’atomisation des initiatives. Un constat qui fait suite à dix-huit mois d’enquête sur la région, pour étudier la faisabilité d’une plateforme collective destinée à approvisionner les cantines. Une telle étude menée dans un bassin de production moins performant en circuits courts, aurait pu donner des résultats plus encourageants…

Dépasser les contraintes logistiques

« Il reste tout de même un rôle de fédérateur à jouer dans les territoires, reprend Christophe Lenaerts. Il nous faut vraiment mutualiser nos compétences et coordonner nos efforts ». Pour Jean-Baptiste Traversac, ingénieur à l’Inra, cet objectif est d’autant plus important que les quelques études économiques existantes sur le sujet font état de perte de valeur ajoutée en circuits courts, en raison des contraintes logistiques. Autre point crucial : « Les producteurs ne sont pas assez formés pour discuter ou négocier avec les détaillants, qu’ils soient artisans ou de la grande distribution », note Jean-Baptiste Traversac.

Les coopératives Unicor (Aveyron) et Ferme de Figeac (Lot) étaient présentes pour rappeler l’intérêt du modèle coopératif en la matière. Et mettre en avant les expériences des magasins Frais d’Ici, ou des Halles de l’Aveyron… Selon Pierre Cabrit, vice-président d’Unicor, « le recours à des prestataires de service est le meilleur moyen de garder la valeur ».

Modifier le code des marchés publics

Seul représentant de la restauration collective, Éric Lepêcheur, président de Restau’Co, a de son côté insisté sur la nécessité pour les agriculteurs de jouer sur les volumes, « avec des contrats tripartites garantissant une relation dans le temps ». Autrement dit, de ne pas avoir peur de se rapprocher des grossistes pour développer leurs débouchés, à condition de mettre tout le monde autour de la table pour que l’offre et la demande se rejoignent et « pour que chacun soit justement rémunéré de ses services ».

La responsabilité des politiques est aussi en cause, selon lui : « montons au créneau pour que l’Europe cesse de nous interdire d’acheter français ! C’est à nous tous, collectivement, de défendre cette position auprès de nos élus ». En réponse, JA s’est dit bien décidé à « continuer le lobbying pour faire évoluer le code des marchés publics ».

Alain Cardinaux