Vous avez 27 ans. Comment arrive-t-on, si jeune, à réaliser un film avec des acteurs aussi connus, et un aussi grand retentissement ?

J’ai grandi à Vannes, et je suis montée à Paris il y a 8 ans, après avoir fait une école de commerce. Dès mon arrivée, j’ai fait de tout. J’ai servi des cafés, gardé des places de parking, j’ai été régisseuse, assistante de mise en scène, assistante figuration. C’est ensuite mon premier court-métrage, « Sois heureuse ma poule », montré à l’Alpe d’Huez, qui m’a permis de passer à l’étape suivante.

C’est l’histoire d’un agriculteur qui adore ses poules, et qui apprend un jour qu’elles doivent toutes retourner en cage… parce qu’elles doivent produire. Je l’ai tourné en juin 2016, avec des agriculteurs de Corlay, et il a été présenté en 2017 au festival.

Le passage du court- au long-métrage a-t-il été simple ?

Je résume mon expérience à un mot : convaincre. Pour faire un film il faut y croire, rester sur ses gardes, et continuer à avancer. Ce sont des épreuves qui ne sont d’ailleurs pas si éloignées de celles du héros de mon film. Avant d’aboutir, Roxane a nécessité beaucoup de rendez-vous, de négociations, de signatures de contrats, mais j’y croyais.

Avez-vous croisé certains des agriculteurs qui sont présents sur les réseaux sociaux, comme votre héros ?

Oui, j’ai rencontré Étienne Fourmont lors d’une projection au Mans. Il a adoré le film, et il nous a fait une super vidéo pour la promo ! Ce qu’il montre, et ce qu’il tweete, je pense que c’est essentiel pour que le grand public découvre le monde agricole.

Pensez-vous que votre film participe lui aussi à cette découverte ?

J’espère ! J’ai eu, par exemple, beaucoup de questions lors des projections autour des 2 centimes par œuf que Raymond et ses collègues exigent de la part de la coopérative. Les consommateurs ne se rendent pas compte que 2 centimes par œuf, ou 10 centimes par litre de lait, peuvent changer le quotidien des producteurs.

Ils font un métier fabuleux et il ne faut pas qu’ils l’oublient. Et si mon travail peut donner envie à d’autres gens de faire ce métier, c’est génial.

Il y a une veine humoristique dans Roxane, mais le film n’oublie pas les difficultés de l’agriculture. Comment avez-vous abordé ce mélange des genres ?

C’était évident pour moi qu’il fallait montrer les aspects plus difficiles. Un agriculteur se suicide tous les deux jours, et c’est un chiffre qu’on ne peut pas mettre de côté.

Pour réconcilier ces réalités, et mon optimisme, je me suis donc inspirée des comédies sociales à l’anglaise. Des œuvres comme Full Monty, Billy Elliot, ou encore les Virtuoses abordent des sujets graves en faisant passer un bon moment au spectateur, et c’était ce que je voulais réussir.

On me parle souvent de Petit Paysan, mais ce n’est pas du tout le même genre de film. Petit Paysan est un film bouleversant, mais c’est un thriller. Ce que je souhaitais, avec Roxane, c’était plutôt de montrer des choses positives.

Est-ce que, d’après les échos des projections, vous avez eu l’impression d’y être parvenue ?

Ce n’est pas à moi de le dire, mais j’ai déjà reçu des témoignages bouleversants. Il y a eu notamment un monsieur, à Lorient, qui avait vraiment l’impression que le film parlait de lui. Il est éleveur en bio, et il y a un an sa coopérative lui a demandé de s’agrandir. Il n’a pas réussi à le faire, alors il a perdu son lot de poules, mais il n’a pas baissé les bras.

Il est devenu maraîcher, il s’est lancé dans la vente directe, et grâce à ça, il a pu faire revenir des poules sur sa ferme. Il organise même des événements, grâce aux réseaux sociaux. Ce genre d’histoire crée de l’espoir, et c’est important. Surtout pour quelqu’un d’optimiste comme moi !

Y aura-t-il un Roxane 2 ?

Non, ce n’est pas en projet. J’ai eu de la chance, car tout a été très vite avec Roxane : nous avons écrit en 8 mois, et tourné en 7 semaines. Les producteurs m’ont déjà annoncé qu’ils me feraient confiance pour un deuxième long-métrage, mais je vais prendre du temps avant de me lancer dans ce nouveau projet.

Il ne s’agira pas d’une comédie parisienne, cela ne me correspondrait pas, mais l’histoire ne se passera pas non plus dans le milieu agricole. Ce qui me donnera l’occasion, par la suite, d’y revenir !

Propos recueillis par Ivan Logvenoff