S’adapter sans se renier, là est tout l’enjeu. « Ces 15 dernières années, plus de la moitié de nos cahiers des charges ont été révisés pour répondre aux attentes sociétales et nous continuerons le travail face aux changements sociaux et climatiques, rassure Michel Lacoste, président du Cnaol. Nous voulons des AOP durables mais jamais ce ne seront à elles de s’adapter à la technique, ce sera à la technique de s’adapter aux produits. »

Résilience plus que résistance

Le chêne résiste jusqu’au déracinement tandis que le roseau plie mais ne rompt pas, écrivait Jean de La Fontaine. « Il ne faut pas se contenter d’être dans une résilience réactive, il faut être dans la prospective », appuie François Casabianca, ingénieur en zootechnie des systèmes d’élevage à l’Inra.

En 2018, à cause de conditions climatiques particulièrement rudes, presque la moitié des appellations laitières ont fait une demande de dérogation sur leur cahier des charges, notamment sur le volet de l’alimentation des animaux. Le schéma semble se répéter cette année. « Nous ne sommes plus dans l’aléa, il faut trouver des solutions sur le long terme, complète l’expert. La limitation de la productivité attendue des animaux, le retour de la saisonnalité des productions au cœur des débats et la rusticité des animaux sont autant de leviers à actionner pour rendre les différentes filières moins vulnérables. »

Climalait, l’arme de l’interprofession

Alors que le programme de « La ferme laitière à bas carbone » vise à atténuer l’impact de l’élevage sur le changement climatique, le projet de recherche « Climalait » cherche à accompagner et armer les éleveurs face au dérèglement climatique. L’estimation des impacts climatiques sur les cultures et les animaux à l’horizon de 2050, selon les différentes zones laitières françaises, permet de dégager certaines mesures à anticiper.

« Lors de nos travaux et concertations avec les éleveurs, nous avons identifié plusieurs adaptations possibles, énonce Nadine Ballot, du service de l’élevage à l’interprofession laitière (Cniel). La mise en pension des génisses, la ventilation des bâtiments et la diversification des assolements en sont des exemples. »

Sur la zone de l’époisses, les résultats de Climalait prévoient une pousse de l’herbe précoce, une période estivale sèche et une meilleure arrière-saison. « Il va falloir apprendre à tirer profit de ces nouveaux profils de pousse, de même pour le maïs, mais ce ne sera pas suffisant, explique Alexandra Jacquot, du syndicat de défense de l’époisses. Il faudra faire évoluer le cahier des charges sur certains aspects pour ne pas pénaliser la production. » Pour l’heure, le cahier des charges de l’époisses impose en effet de fournir 50 % d’herbe fraîche dans la ration des laitières jusqu’au 15 juin.

Ces considérations climatiques ont été intégrées dans les récentes mises à jour des cahiers des charges du comté et du saint-nectaire. Pour Cyrille Laplacette, représentant de la Commission européenne, ces modifications doivent néanmoins être « mesurées pour conserver la confiance des consommateurs. »

Au-delà de la modification des cahiers des charges, long processus bureaucratique, d’autres solutions se font jour. Du côté de l’AOP Andorre, son président préconise l’acceptation : « Il est possible de concéder une perte de volume s’il en va de la typicité du produit. » Pour Hubert Dubien, président du syndicat de la fourme de Montbrison, il est possible de s’adapter sans sortir du cadre du cahier des charges. « Nous travaillons actuellement sur la création d’une banque de fourrage, le stockage de l’eau et le choix d’espèces végétales plus résistantes. »

A. Courty