Au cours de la semaine écoulée, les prix mondiaux des céréales ont globalement interrompu leur baisse, voire sont repartis à la hausse pour le maïs. Ce dernier a vu son cours remonter de 4 à 8 $/t depuis la semaine dernière tant aux USA qu’en Argentine. Cette hausse s’explique par les inquiétudes liées à de fortes chaleurs qui s’annoncent sur la corn-belt aux États-Unis pour les prochaines semaines, en pleine période de pollinisation. Cela s’ajoute à des exportations hebdomadaires de maïs US plus dynamiques que ne l’avait anticipé le marché. Le maïs ukrainien n’a pas suivi cette tendance à la hausse, conservant le même niveau qu’il y a sept jours, tandis que le maïs français a adopté une position intermédiaire, regagnant 3 €/t depuis la semaine dernière.

En blé, le marché – avec une grande appréhension – est bien sûr focalisé sur la récolte française, qui débute dans les grandes régions productrices. Les échos sont mauvais, pour ne pas dire catastrophiques, avec des épis peu remplis et une qualité fortement dégradée du sud-est de la Région Centre jusqu’à la Picardie. L’ampleur de la casse est telle qu’elle est encore difficile à évaluer précisément. Mais il est certain que la récolte française reculera fortement, et que la qualité posera des problèmes pour assurer la livraison de nos débouchés traditionnels à l’exportation à l’extérieur de l’UE. Cette situation continue de supporter le prix du blé meunier français, s’affichant à 160,25 €/t à Rouen, contre 158 €/t la semaine dernière. Le blé fourrager s’est lui-même apprécié cette semaine (+4 à 5 €/t à Pontivy) laissant la prime fourragère pour l’instant inchangée.

Dans ce contexte, l’origine française était évidemment absente des offres pour le premier appel d’offres égyptien de la saison ce mardi, qui a fait le plein d’offres russes, ukrainiennes et roumaines. Le blé russe a finalement remporté 120 000 tonnes contre 60 000 t pour le blé ukrainien. À l’échelle mondiale, les blés ont globalement stoppé leur baisse, soutenus par le rebond du maïs ainsi que par un stock mondial 2016-17 légèrement revu à la baisse dans le dernier rapport du département d’État américain à l’Agriculture (USDA). La situation française ne doit néanmoins pas faire oublier que les perspectives demeurent lourdes pour le bilan mondial de blé, limitant les perspectives de hausse des prix.

Les prix des orges affichent une certaine stabilité, avec toutefois une petite remontée en qualité fourragère (Fob Moselle à 133 €/t, +6 €/t sur la semaine). Les coupes qui ont désormais bien avancé en France sont très alarmantes pour le rendement et pour la qualité brassicole des orges d’hiver : calibrage très faible, protéines trop élevées, forte proportion d’orgettes… La situation devrait toutefois être moins grave pour les orges de printemps.

Oléagineux : récoltes à venir remises en cause

Plusieurs nouvelles ont conduit à une hausse du prix du colza français : tout d’abord, les nouvelles de la récolte ne sont pas très bonnes. Les rendements, comme la qualité, semblent avoir été négativement touchés par le printemps trop frais, trop humide et peu ensoleillé. Cela a conduit le ministère de l’Agriculture français à réduire sa prévision de récolte en 2016 à 4,8 millions de tonnes (Mt), 0,3 Mt sous sa précédente estimation, alors que la situation apparaissait déjà tendue à la fin de la campagne 2016-17. Par ailleurs, au Canada, les cultures ont été touchées par endroits par des pluies diluviennes (plus de 100 mm), des tempêtes assorties de vents violents et de grêles. Cela a surtout touché le Saskatchewan et le Manitoba, dans les plaines fertiles de l’ouest du pays. Le rendement du canola en a été certainement affecté, même si l’ampleur des dégâts est pour le moment difficile à estimer. Le colza voit son prix remonter de 12 à 13 €/t sur le marché français.

Du côté du soja, le marché reste préoccupé par la possibilité de sécheresse et de canicule qui pourrait affecter la récolte à venir aux États-Unis. Pour le moment, l’état des cultures est très satisfaisant (76 % des sojas dans un état bon à excellent, contre 75 % l’an passé). Mais ça ne suffit pas à tempérer l’agitation semblant régner sur le marché du soja depuis les déboires ayant affecté la récolte argentine en avril dernier. La fin de la campagne de 2015-16 est en effet moins lourde que ce qui était attendu : les excellentes marges de trituration, portées par un prix du tourteau au plus haut, continu d’inciter les triturateurs à utiliser au maximum leur outil industriel, à une période où le ralentissement est plutôt de coutume. Par ailleurs, l’origine US est encore sollicitée, les Brésiliens n’ayant plus grand-chose à vendre – et malgré l’intérêt des marchandises argentines. Enfin, le marché chinois commence à se tendre, et le gouvernement a décidé d’ouvrir un appel d’offres de vente de 300 000 tonnes de soja, principalement destiné à l’alimentation humaine. Les chargements actuellement prévus sur septembre pourraient être insuffisants à alimenter les industriels, ce qui pousse Pékin à prendre ses précautions – la sécurité alimentaire du pays restant une de ses préoccupations majeures. Le prix du soja a ainsi rebondi de 21 $/t cette semaine sur le marché de Chicago.

Le tournesol, lui, résiste grâce aux bonnes conditions de développement régnant dans les principales zones de production de cette graine oléagineuse. Il perd 15 €/t cette semaine et descend à 365 €/t à Saint-Nazaire.

Protéagineux et tourteaux : évolution en ordre dispersé

Du côté des tourteaux et protéagineux, les marchés ont pour le moment du mal à donner une direction aux prix. À Chicago, le prix des tourteaux remonte sur la semaine à la suite du soja (+12,50 $/t). Néanmoins, il est stable au Montoir, après avoir reculé puis remonté pendant la semaine.

Les pois fourragers au départ de la Marne ne sont toujours pas cotés, témoin du risque qualité et rendement touchant la récolte de pois d’hiver française.

À SUIVRE : rendement et qualité du blé et du colza en France, concrétisation ou non de la vague de chaleur aux USA (maïs, soja), conditions climatiques en Europe et mer Noire (tournesol).

Tallage
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en léger repli sur Euronext

Les marchés restent volatils, avec les incertitudes liées à la situation géopolitique sur le bassin de la mer Noire et les conditions climatiques.
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Le colza progresse sur Euronext

Les cours sont en hausse à l’ouverture d’Euronext ce vendredi 20 mai 2022, après avoir clôturé la veille à la baisse, faisant suite à la levée de l’embargo Indonésien sur les exportations d’huile de palme.