Effondrement sur le marché américain cette semaine où les blés de qualité meunière moyenne (SRW) et bonne (HRW) abandonnent tous deux plus de 20 $/t. Ce plongeon s’explique par les bons rendements engrangés outre-Atlantique cette année, mais surtout par le fait que les taux de protéine y sont plus bas que d’habitude. Cela pèse sur le prix des blés HRW, eux-mêmes comprimant les prix SRW. Les fermiers US avaient déjà concédé une baisse au cours des semaines passées mais cette fois, c’est l’effondrement face à une forte récolte de maïs qui arrive et qu’il faudra stocker.

Cette question de la qualité des blés US est très importante pour l’UE et la France : en effet, certes les USA ont moins de blé à 12,5 % de protéine mais ils en ont beaucoup aux alentours de 11 %, un niveau bas pour eux mais tout à fait apte à entrer en compétition avec les blés européens standards. Et désormais, avec la rareté des volumes meuniers aptes à l’exportation en France, les blés français se retrouvent valoir 15 $/t de plus que les blés US SRW, et plus aussi que les blés HRW. Cette situation a tiré les prix français en baisse de plus de 7 €/t à Rouen (à 157 €/t) pour les valeurs meunières et de 3 €/t pour les valeurs fourragères (à 148 €/t). L’échéance décembre d’Euronext perd 4,50 €/t à 162 €/t.

À la pression US s’est aussi ajoutée la reprise de la saga de l’ergot en Égypte : le pays a de nouveau annoncé n’accepter que les chargements exempts d’ergot. Comme cela est quasi impossible à garantir, les exportateurs ont boudé le dernier appel d’offres que le Gasc (l’office d’État qui achète en Égypte) a dû clôturer sans rien acheter du tout. L’application de cette mesure en Égypte apparaît complètement incompréhensible face aux énormes besoins du pays ! En tout cas, cette nouvelle douche froide a contribué au recul des prix de toutes les origines (russe comprise) et a donc aussi affecté les prix français, même s’il n’est plus prévu depuis plusieurs semaines déjà que la France exporte vers l’Égypte à cause de sa qualité.

Selon les analyses FranceAgriMer-Arvalis au 29 août, 23 % seulement de la récolte française présentent des PS supérieurs à 76 (avant travail de nettoyage et de tri des organismes stockeurs). À noter, cette semaine aussi, l’alignement à zéro de la taxe russe sur l’exportation de blé jusqu’au 1er juillet 2018. Cette taxe était très faible et cela ne changera rien aux volumes exportés, mais il s’agit d’un signal de plus pour le marché mondial indiquant qu’il faudra compter avec les très forts volumes d’exportation qui sortiront de la Russie.

En Australie, les perspectives restent très favorables pour la récolte de blé et cela pèse également sur les prix.

Dans ce panorama très lourd, quelques bémols toutefois : les opérateurs indiens confirment que la récolte de leur pays est nettement inférieure au niveau annoncé officiellement et que cela conduira probablement à des importations non négligeables. La qualité des blés de printemps de l’est de la Russie n’est pas bonne, les quantités de blé germé étant importantes et donc les quantités de bonne qualité meunière moins présentes (on note aussi de grosses inquiétudes pour la qualité meunière dans les pays baltes).

Pour le maïs, malgré les révisions en baisse des rendements à la suite de la canicule, les valeurs diminuent sur la façade atlantique pour la nouvelle récolte (–7,50 €/t rendu La Pallice à 153 €/t). Statu quo en revanche sur les prix de l’est de la France. C’est aussi le marché mondial qui a pesé sur les prix de l’Hexagone cette semaine. Même si Chicago remonte légèrement ces derniers jours, les principales origines mondiales ont abandonné entre 10 et 25 $/t cette semaine avec la perspective d’une forte récolte US et la baisse des prix du pétrole.

L’orge n’a pu que suivre et a perdu presque 6 €/t à Rouen (à 130 €/t) pour la qualité fourragère alors que la qualité brassicole a abandonné 1 €/t (en hiver comme en printemps).

Oléagineux : les volumes records aux États-Unis pèsent encore sur les prix

À l’approche d’une récolte record aux États-Unis et dans un contexte mondial baissier, les prix du soja se sont encore nettement affaissés cette semaine. Les prix du soja à Chicago (marché à terme) ont ainsi perdu 14 $/t sur le rapproché. Les conditions de culture restent très favorables aux États-Unis avec un état des plants qui s’est encore amélioré et laisse présager d’une excellente récolte, proche de 110 millions de tonnes (107 millions de tonnes en 2015). La forte demande à l’exportation (1,5 million de tonnes vendues cette semaine pour la nouvelle campagne) ne permet pas de contrebalancer ce mouvement de baisse.

Le contexte macroéconomique pèse lui aussi sur les prix. Les cours du pétrole sont en fort recul sur la semaine, les principaux producteurs d’or noir ne semblant pas prêts à ralentir leur production.

Les prix du colza ont baissé beaucoup plus légèrement. En effet, la récolte européenne médiocre (seulement 20 millions de tonnes contre 22 millions de tonnes l’an dernier) et les perspectives de tension sur le marché mondial du colza soutiennent les prix. Les cotations rendu Rouen et Fob Moselle perdent seulement 3,75 €/t, tandis qu’Euronext concède 2 €/t sur le rapproché.

Le canola canadien recule d’environ 4 $/t, entrainé par le contexte baissier. Les négociations entre la Chine et le gouvernement canadien restent au centre de l’attention des opérateurs. Le Premier ministre canadien, en visite en Chine, a obtenu l’extension du système actuel, ce qui rassure les opérateurs quant au démarrage de la saison d’exportation. Les négociations sont encore en cours pour obtenir un accord durable sur la qualité des chargements canadiens.

Le prix du tournesol à Saint-Nazaire est stable, à 355 $/t. Compte tenu des bons niveaux de récolte attendus, surtout dans la zone de la mer Noire, la production mondiale pourrait atteindre un record cette année.

Protéagineux et tourteaux : les prix poursuivent leur déclin à la suite du soja

Les cours du tourteau de soja perdent 12 $/t à Chicago (à 345 $/t), entrainés par la baisse du prix des graines de soja. De très bonnes disponibilités s’annoncent aux États-Unis et les besoins mondiaux croissants en tourteaux devraient être largement couverts. Les prix à Montoir suivent le mouvement, reculant de 14 €/t sur la semaine.

Le pois fourrager départ Marne reste coté (en nominal) à 215 €/t.

À SUIVRE : compétitivité des blés US, exigences sur les niveaux d’ergot en Égypte, importations de l’Inde, qualité finale des céréales à paille partout dans l’UE ; conditions de fin de cycle pour le maïs et le soja aux États-Unis, prix du pétrole, déroulement des récoltes de canola au Canada et de tournesol en mer Noire.

Tallage
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