Les incertitudes concernant l’avenir du Royaume-Uni en dehors de l’UE continuent à faire couler beaucoup d’encre. Dans l’attente de l’activation, par ce pays, du processus de séparation de l’UE, les élaborations de scénarios possibles vont bon train. Sur les marchés des changes, la livre a perdu 3 % de sa valeur face au dollar mais l’euro s’est très légèrement raffermi (+0,4 %). La baisse de la livre a permis une augmentation des prix des blés en livres sur le marché intérieur anglais en parallèle d’un regain de compétitivité des marchandises anglaises sur le marché mondial.

Le marché français, quant à lui, avance au gré des inquiétudes et des révisions en baisse de l’état des cultures : FranceAgriMer a de nouveau révisé à la baisse cette semaine sa notation concernant l’état des principales cultures. Les prix ne grimpent pas mais l’écart se creuse entre les cotations fourragères et meunières. Le blé meunier rendu Rouen se situe maintenant à 152 €/t (base : juillet). Il a perdu 4 €/t au cours de la semaine mais sa baisse est restée beaucoup plus modérée que celle des blés fourragers (140 €/t à Rouen, -9 €/t en une semaine).

Comme l’illustre le blé français, l’ensemble du marché céréalier est à la baisse au cours de la semaine, à l’exception des orges brassicoles qui, à cause des inquiétudes qualitatives, ont gagné 2 €/t pour les variétés d’hiver et 7 €/t (à 158 €/t Fob Creil) pour les variétés de printemps (à 193 €/t Fob Creil). Le maïs, en ce qui le concerne, a abandonné entre 4 et 7 €/t selon les places (à 163 €/t Fob Rhin) et l’orge fourragère 3 à 4 €/t (à 130 €/t rendu Rouen), ces deux matières évoluant de concert avec le blé.

En plus de l’impact baissier exercé par le Royaume-Uni, les cotations ont en effet été poussées vers le bas par la situation américaine : la récolte de blé bat son plein aux USA et les rendements des blés d’hiver y sont excellents d’une part ; l’USDA vient de revoir à la hausse la surface semée en blé de printemps aux USA, d’autre part. À la suite de ces événements, les prix US s’affaissent de nouveau cette semaine. C’est le cas aussi pour les blés de la Russie où la moisson a débuté dans le sud du pays avec des résultats très élevés aussi. Les blés russes, à 173 $/t Fob pour une qualité à 12,5 % de protéines, valent actuellement à peine le prix des blés français meuniers. Forte concurrence en perspective !

Retour aux USA à nouveau pour expliquer la poursuite du décrochage du maïs : les prix US viennent de chuter de 6 $/t au cours de la semaine. Ils avaient réagi à la hausse de manière épidermique en mai et début juin suite aux inquiétudes concernant le climat mais sont repartis en baisse car les plantes se sont bien développées jusqu’à maintenant. Enfin, le rapport USDA jeudi 30 juin au soir a relevé l’estimation des surfaces semées en maïs cette année aux USA alors que l’ensemble des opérateurs attendait plutôt une révision en baisse au profit du soja. Il ne faut pas perdre de vue toutefois les inquiétudes qui demeurent pour les deux prochains mois dans ce pays où plusieurs modèles climatiques annoncent de fortes températures et un manque de précipitations.

En dehors de ces éléments, la situation reste encore floue en Égypte où le décret concernant le taux d’ergot autorisé n’est toujours pas paru et où le responsable du Gasc (l’office d’état qui importe) vient d’être remplacé. Du côté de l’Algérie, un mot aussi pour souligner une récolte sans doute plus basse qu’estimé encore il y a quelques semaines.

Oléagineux : rebond des prix, exagéré pour le soja ?

Après deux semaines de baisse consécutives, le prix du colza reprend des couleurs cette semaine, porté par le soja, qui décolle à la suite de la publication des surfaces semées par les agriculteurs aux États-Unis (rapport Grain Stocks du 30 juin de l’USDA), mais aussi en réaction à des nouvelles fondamentalement haussières pour le prix de la graine oléagineuse. D’une part, au Canada, si les agriculteurs ont effectivement semé davantage de canola qu’ils ne le planifiaient en mars, en réaction à une hausse de prix au printemps sous l’effet de la tension sur le marché canadien, la surface semée annoncée par Statcan cette semaine (29 juin) est en dessous des attentes. En effet, les prix des pois et lentilles ont explosé ces derniers mois, les besoins d’importations exceptionnels de l’Inde ayant entraîné une envolée des exportations canadiennes de protéagineux vers cette destination. Les agriculteurs canadiens ont fortement augmenté les semis de cultures protéagineuses en réaction, ce qui a limité la hausse d’ensemencement du canola canadien, pourtant plus rémunérateur que les céréales. La surface de canola canadienne est finalement très proche de l’an dernier.

Par ailleurs, dans l’UE, la récolte est maintenant attendue en nette baisse par rapport à 2016 – à 21,2 Mt selon nos plus récentes prévisions – et les stocks de colza devraient tomber à un plus bas niveau historique au 30 juin 2017. La situation s’annonce particulièrement tendue en Allemagne, en France, et en Pologne, les disponibilités mondiales limitées ne permettant pas de compenser, par des importations additionnelles, la baisse de la production locale. Le colza a beau voir son prix se ressaisir cette semaine – la cotation rendu Rouen augmente de 1,50 €/t et la cotation Fob Moselle de 5,50 €/t – il garde encore un potentiel de hausse non négligeable.

Du côté du soja, de nouvelles turbulences font encore s’envoler le prix des graines sur le marché de Chicago (+19 $, à 432 $/t). Cette fois, les surfaces US sont en cause : dans son rapport du 30 juin, l’USDA établit la surface soja en 2016 à un niveau record, mais qui reste en dessous de ce qu’attendaient les opérateurs. Cela suffit à entraîner une envolée des prix. Néanmoins, ce niveau de surface, ajouté à des prévisions météorologiques plutôt rassurantes pour le mois de juillet, sécurise un peu plus une production de soja US en 2016 supérieure à 100 Mt, niveau qui permettrait d’équilibrer la situation aux USA. Ainsi, si le climat est favorable, le prix devrait reculer progressivement durant l’été par rapport aux niveaux élevés récemment atteints, jusqu’à la récolte.

Le prix du tournesol résiste à cette tendance haussière, contré par les récoltes records annoncées cette année.

Protéagineux et tourteaux : hausse en réaction au rebond du soja

À la suite du soja, le prix des tourteaux remonte à 447 $/t à Chicago (+24 $/t) effaçant la baisse des deux dernières semaines. Les dégâts en termes de quantité et qualité sur la récolte française et la remontée des tourteaux entraîne en hausse le prix des pois fourragers (+9 €/t cette semaine).

À SUIVRE : qualité et rendements des céréales d’hiver en France, en Europe et dans la zone de la mer Noire, climat US des mois d’été, premiers retours de récolte colza.

Tallage
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