Au milieu des ruines encore fumantes, des tonneaux carbonisés gisent et une odeur mêlée de brûlé et d’alcool s’élève près d’une dizaine de cuves encore debout. Un peu plus loin, la salle de dégustation, dite « Le Chateau », n’est plus qu’un amas de gravats noircis. Paradise Ridge, perchée sur une colline de Santa Rosa, est l’une des exploitations viticoles du nord de la Californie dévorées par les violents incendies qui ravagent la région depuis dimanche. Nombre de vignobles, parfois centenaires, ont été endommagés et une partie des vendanges est menacée.

2 000 bâtiments détruits

Dans les célèbres régions viticoles de Napa et Sonoma, situées au nord de San Francisco, quelque 16 000 habitations sont menacées par les flammes. Au total, neuf personnes sont mortes dans le comté de Sonoma, deux dans le comté de Napa et trois dans celui de Mendocino. Selon le Los Angeles Times, un quinzième mort est à déplorer à Yuba, dans le comté de Sutter. Depuis dimanche, la quinzaine d’incendies qui ravagent cette région de la Californie a détruit plus de 2 000 bâtiments. Dans le seul comté de Sonoma, plus de 25 000 personnes ont été chassées de chez elles, et 5 000 ont trouvé refuge dans des abris temporaires, a indiqué le bureau du shérif.

Encore 150 personnes portées disparues

« Je travaille dans la région depuis 25 ans mais je n’ai jamais rien vu de la sorte », affirme Christian Butzke, professeur d’œnologie à l’école agricole de Purdue. « Les gens sont sous le choc de la vitesse à laquelle le feu a progressé », ajoute-t-il, se désolant pour les « personnes qui ont perdu la vie ». Le bilan humain pourrait cependant s’alourdir au cours des prochaines heures, 150 personnes n’étant toujours pas localisées, selon le Washington Post citant les services de secours.

Des vignobles réduits en cendre

Ray Johnson, directeur de l’Institut du commerce viticole à l’université de Sonoma, parle d’« impact majeur des feux sur l’industrie du vin de la Côte nord » de Californie, dans un email à l’AFP. La célèbre propriété Stag’s Leap Cellars, qui avait acquis une renommée mondiale en 1976 en surclassant de grands crus français dans un concours, le fameux « Jugement de Paris », a dû être évacuée. L’ampleur des dégâts n’avait pas été précisée mardi soir mais le site compte rouvrir samedi.

En revanche, le vignoble Signorello Estate a été réduit en cendres. Ray Signorello Jr, son directeur, a indiqué sur Facebook que le personnel avait tenté dans la nuit de dimanche à lundi de lutter contre le brasier mais « a dû battre en retraite quand le bâtiment a été atteint ». L’exploitation de vins biologiques Frey a aussi été dévorée par les flammes.

« Des années pour replanter les arpents détruits »

Le cauchemar n’était pas terminé mercredi pour les habitants ou exploitants de cette région bucolique aux collines tapissées de vignes, parmi les plus touristiques du pays. Les incendies faisaient encore rage, les évacuations se poursuivaient. « Il y aura clairement des pertes » et il faudra des années pour replanter les arpents détruits, souligne M. Butzke.

Les vendanges endommagées par la fumée

À cette époque de l’année, la grande majorité des vendanges sont faites mais, explique-t-il, les meilleurs cépages de cabernet et de merlot – ceux qui donnent les vins les plus réputés et chers – sont traditionnellement récoltés tardivement et ne le sont à ce stade qu’à 50 %. « Ils pourraient avoir été endommagés par la fumée » qui peut pénétrer le raisin et le rendre inutilisable, ce qui diminuerait la production et peut-être engendrer une hausse des prix pendant deux ou trois ans, ajoute le professeur de Purdue. Il anticipe toutefois un impact globalement réduit sur l’ensemble des 60 000 hectares de vignobles de la Côte nord californienne.

La viticulture génère 46 000 emplois locaux, plus de 13 milliards de dollars de revenus dans le seul comté de Napa – 50 milliards aux États-Unis – et attire 3,5 millions de touristes dans la région chaque année. « La Californie est si innovante et si rapide à rebâtir » que, d’après M. Butzke, le tourisme devrait bien résister.

AFP