L’Assemblée nationale a adopté dans la nuit de lundi à mardi le projet de budget pour l’agriculture pour 2020, prévu en hausse, mais dénoncé par les oppositions comme « pas à la hauteur » ni de nature à « redonner espoir » à des agriculteurs qui « n’ont pas le moral ». « Le budget du ministère de l’Agriculture est préservé : 4,8 milliards d’euros, +4 % en autorisations d’engagement, +1 % en crédits de paiement », a pourtant vanté le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume devant les députés.

En hausse sur la prévention des risques sanitaires

Ce budget prévoit notamment un renforcement de la prévention des risques sanitaires et le maintien d’une réserve pour faire face à d’éventuelles crises. Il « nous donne les moyens de nos ambitions » avec la « martingale gagnante » : « compétitivité, recherche et innovation transition », a insisté le ministre, appelant à être « fiers de notre agriculture et respecter nos agriculteurs ».

Outre les crédits de la mission « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » adoptés en première lecture, à hauteur de 3,01 milliards en autorisations d’engagement, la somme abonde aussi l’enseignement et la recherche dans le domaine agricole. Lors d’un long débat, marqué par quelques tensions dans la dernière ligne droite, le gouvernement a eu le soutien de la majorité LREM-MoDem, le « marcheur » Grégory Besson-Moreau louant notamment un budget qui « tient, soutient et maintient » le secteur.

Le moral en berne

Mais dans l’opposition, Jérôme Nury (LR), a dénoncé un budget qui « ne redonne ni espoir, ni moyens, ni perspectives ». « Nos paysans n’ont pas le moral » et ont notamment le sentiment « d’avoir été floués » avec la loi adoptée à la suite des États-généraux de l’alimentation (EGAlim) votée l’an dernier, censée revaloriser le revenu des agriculteurs, a-t-il affirmé.

« Un paysan se suicide tous les deux jours, un tiers dispose de moins de 350 euros pour survivre. Ce bilan est nul. Ce budget aggravera les choses », a lancé Jean-Luc Mélenchon (LFI). Sur l’alimentation, il a évoqué la « mauvaise pente » de la malbouffe qui va s’aggraver. Il a aussi dénoncé la situation de « ceux qui travaillent » la forêt où « 50 suicides » ont été recensés depuis 15 ans, d’autres élus embrayant sur la situation « terrible » des filières du bois.

Échec des Etats-généraux de l’alimentation

« Au nom de la terre, votre budget n’est pas à la hauteur », a renchéri Sébastien Jumel (PCF), le jugeant notamment « faible au regard de l’échec patent de la loi EGAlim », alors que les promesses du président Emmanuel Macron « n’ont pas ruisselé dans les fermes ».

« Nous sommes dans le temps de la désillusion » après l’espoir suscité par les États-généraux de l’alimentation, a aussi jugé Dominique Potier (PS) déplorant l’absence de « résultats probants à la politique qui est menée ».

Pour Charles de Courson (Libertés et Territoires), « la hausse bien que limitée » du budget « ne saurait dissimuler l’absence de volonté politique de s’attaquer aux problèmes structurels ». Un seul amendement a été adopté, à l’initiative du gouvernement, pour tenir compte du maintien d’une taxe affectée à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) qui devait initialement être supprimée.

AFP