« Je doute que le Royaume-Uni puisse quitter l’Union européenne en à peine trois ans », a déclaré le président de la FNSEA le 28 juin, notamment au vu du nombre de textes réglementaires à adapter (une dizaine de milliers). Six jours après le vote pour la sortie de l’UE, Xavier Beulin estime donc qu’« il faut prendre son temps sur la Pac ». Le cadre financier actuel est fixé jusqu’en 2020 mais selon lui, rien n’empêche de reconduire le budget et de retarder la réforme.

L’agriculture, une ambition

Stéphane Le Foll a proposé d’organiser en France le 31 août un débat avec ses homologues européens sur le Brexit et l’avenir de l’agriculture. « Nous aimerions être sollicités pour le préparer », a lancé Xavier Beulin, affirmant qu’« il ne faut pas préempter la Pac ». Pour lui, le débat ne doit pas se résumer à des questions budgétaires – « qu’est-ce qu’on est prêt à sacrifier ? » – ou de subsidiarité « qui nous fait un tort immense en renforçant la concurrence entre les États membres de l’UE ». « Nous avons besoin d’autres outils communs ».

Xavier Beulin estime qu’il faut mettre sur la table des sujets comme la fiscalité, le droit social ou encore la réglementation environnementale. « La zone euro ne peut pas fonctionner sans harmonisation de ces règles alors que les conditions de financement sont par ailleurs les mêmes. Des rustines par-ci par-là ne suffiront pas ».

« Avant de parler du budget et des outils, il faut parler de l’orientation que l’on veut donner à l’agriculture. Le marché ne peut pas être un principe directeur. Ce ne sera pas simple. La tendance libérale est encore très forte, on le voit notamment sur le lait et le porc ». Le président de la FNSEA appelle les dirigeants européens à « réaffirmer une ambition agricole ». Le secteur ne doit plus être une variable d’ajustement dans les accords commerciaux, il faut faire la promotion d’une agriculture diversifiée qui réponde à des standards sanitaires mais qui affirme aussi sa vocation agricole, a-t-il déclaré en substance. Il prône une agriculture qui ne se construise pas sur des prix bas mais favorise l’investissement et l’innovation. « Il faut renverser les paradigmes ». En matière environnementale par exemple, il défend une obligation de résultat, plus efficace qu’une obligation de moyens.

L’avenir de l’Europe occupera sûrement une part importante du débat des présidentielles française. Ce sera aussi la thématique du congrès 2017 de la FNSEA, décidé il y a quelques semaines, comme une prémonition.

Arielle Delest