« Les trésoreries s’assèchent dangereusement, les cessations d’activité se multiplient et la décapitalisation s’accélère, dans un silence assourdissant », s’alarme la Confédération paysanne, dans un communiqué de presse publié le 23 octobre 2019. Dans ce contexte de crise que traverse l’élevage bovin allaitant, le syndicat exige une « rencontre immédiate » avec le ministre de l’agriculture.

Le 23 octobre 2019 s’est tenue une nouvelle réunion à l’interprofession, Interbev, pour discuter des derniers éléments de conjoncture. Des sujets, comme la mise en place du plan de filière dans le cadre des États-généraux de l’alimentation (EGA), étaient très attendus par les participants. Or, « le sujet a été abordé mais pas de manière aseez ambitieuse pour répondre à la détresse des éleveurs » selon la Confédération paysanne.

Loi EGAlim « rien n’a changé »

« La contractualisation et la rémunération sont réfléchies depuis de nombreux mois à partir de la mise en place d’indicateurs de coûts de production. Or, les gros opérateurs comme Culture Viande ont mis beaucoup de freins à leur validation », dénonce Emilie Jeannin, éleveuse membre de la Confédération paysanne.

« Les distributeurs et les transformateurs ne se sont pas organisés pour proposer cette nouvelle détermination du prix et aussi engager des animaux dans la filière label rouge ». Elle poursuit « étant donné les rapports de force établis, nous nous en remettons à l’État pour que de réelles mesures soient prises. »

Manque de transparence à l’aval

Aujourd’hui, 52 % de la viande de bœuf est consommée à domicile sous forme de steak haché et autres produits élaborés. Pourtant, « les abatteurs et distributeurs refusent d’intégrer le haché dans le panel des prix. Près de la moitié de la carcasse part sous cette forme mais nous n’avons aucune idée des tarifs appliqués et des marges faites, contrairement aux pièces nobles, appuie Denis Perreau, secrétaire national de la Confédération paysanne. Nous sommes dans l’obscurité la plus complète, c’est pourquoi nous exigeons un encadrement réel de l’État et une communication des chiffres par l’interprofession. »

Planifier la mise en marché

S’agissant de la sécheresse, « l’Europe dispose de plans d’urgence qu’il est nécessaire d’actionner. La situation devient urgente. Des chiffres sont à disposition pour l’évaluation des stocks, aussi bien en vif dans les fermes qu’en viande dans le secteur aval. À partir de ces données, il est possible de mettre en place des planifications de mise en marché et de structurer les opérations de stockage », explique Emilie Jeannin. « Étant donné les deux années de sécheresse consécutives survenues et l’état du marché, il est urgent que l’Europe active des dispositifs de gestion de crise », renchérit Denis Perreau.

Transmission des exploitations en peine

L’âge moyen des chefs d’exploitation, coexploitants et associés en France est de 51 ans et la moitié du cheptel allaitant est détenu par des éleveurs de 50 ans et plus, selon la dernière enquête du ministère de l’Agriculture en 2013. « Toutes les données disponibles par Agreste, par l’Institut de l’Élevage ou encore la sécurité sociale agricole doivent permettre à l’État de prendre des mesures d’anticipation. On assiste à une décapitalisation massive du troupeau et la géographie de certaines régions est fortement menacée », appuie Émilie Jeannin. Le secrétaire national du syndicat propose enfin une réorganisation des aides directes aux éleveurs pour « casser cette course à l’agrandissement et à l’exportation et relocaliser l’engraissement ».

Lucie Pouchard

Article modifié le 25/10/2019.