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Des éleveurs se lancent dans l’aventure « stabiliser »

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Bovins allaitants
 - Des éleveurs se lancent dans l’aventure « stabiliser »
© Bovinext

Une trentaine d’éleveurs du Grand Est s’engagent auprès de l’association Bovinext pour développer un noyau de sélection de la race stabiliser en France. Ce qui les séduit : sa précocité, sa facilité de conduite et sa rentabilité. Cette initiative fait déjà débat.

Ce lundi 4 septembre 2017, environ 35 éleveurs ont assisté à une réunion d’information sur la race stabiliser, organisée à Laxou, dans la Meurthe-et-Moselle.

Cette race allaitante composite est développée aux États-Unis depuis 1988. Elle est issue d’un croisement à quatre voies entre les races angus, hereford, simmental et gelbvieh. « C’est une race herbagère et précoce (1), un profil que ne présentent pas les races françaises, estime Philippe Sibille, directeur de la coopérative Elitest. Elle s’adapte bien aux attentes des consommateurs en termes de taille des morceaux (plus petits), de tendreté et de goût (persillé). »

Des éleveurs à la recherche de solutions

Parmi les éleveurs présents, certains venaient par curiosité, d’autres avec des objectifs précis. « Je reprends un troupeau laitier simmental que je transforme en troupeau allaitant par croisements d’absorption avec de la charolaise, explique Germain Deprugney, éleveur à Thorey-Lyautey. J’ai également recours à du croisement avec de la salers pour améliorer la facilité de naissance. Pour obtenir les vaches que je souhaite, dociles, faciles à conduire, valorisant mes surfaces en herbe et suffisamment laitières, je vais mettre des années. La stabiliser pourrait me faire gagner 15 ans. En plus, elle possède le gène sans corne qui m’intéresse beaucoup. »

Pour Philippe, éleveur de salers vendant directement aux grandes surfaces, c’est le petit gabarit des stabilisées et leur habitude à l’engraissement qui pourrait l’aider à mieux répondre aux attentes de ses clients. « Les grandes surfaces recherchent des carcasses plus petites et bien finies, j’aimerais pouvoir aller chercher un animal au parc pour le vendre directement dès qu’une commande tombe, sans avoir besoin de l’engraisser à l’auge. »

Qu’ils soient éleveurs de salers, limousines, charolaises ou blondes d’Aquitaine, la plupart des participants étaient à la recherche d’une race moins gourmande en temps et plus rentable. « Les Anglo-Saxons sélectionnent depuis très longtemps sur l’efficacité alimentaire », souligne un éleveur.

Faire évoluer la génétique française

Parmi les participants, deux éleveurs ont manifesté leur désapprobation sur ce projet. « Je trouve inadmissible qu’on importe une race, alors que nous en avons beaucoup en France, s’exclame Frédéric, éleveur de charolaises. Pourquoi ne pas plutôt améliorer nos races ? En France, on a les meilleurs vins, les meilleurs fromages et les meilleures races allaitantes. Un peu de fierté ! »

« Je veux continuer à exercer mon métier, lui répond une éleveuse de charolaise. À 3,50 € le kilo, je ne m’y retrouve pas. Je me fiche que la solution ne soit pas d’origine française. »

« Nous ne pensons pas que la stabiliser remplacera nos races françaises, mais qu’elle viendra en complément », souligne Stéphane Peultier, président de l’Apal. Philippe Sibille fait remarquer que « le projet incite les conseils d’administration des organismes agricoles à se poser davantage la question de l’adéquation entre génétique et demande de l’aval. »

Le projet stabiliser pourrait ainsi stimuler l’amélioration des races françaises tout en offrant une solution plus immédiate aux éleveurs souhaitant faire évoluer rapidement leur exploitation, estiment les promoteurs de la race. « Peut-être que je me tire une balle dans le pied, mais au moins j’aurai essayé », conclut Stéphane Peultier.

Arguments entendus par les participants. À la fin de la réunion, une vingtaine d’éleveurs se sont engagés à acheter 10 embryons au minimum sur trois ans. Ils viennent s’ajouter à la dizaine déjà signataires du projet.

L’association Bovinext

L’association Bovinext a été créée en avril 2017 par la chambre régionale d’agriculture du Grand Est, l’association d’éleveurs Apal’ et Elitest.

Son objectif est de développer « des solutions innovantes et économiques dans l’élevage bovin, pour adapter la production à un marché en pleine mutation », explique-t-elle.

Elle a signé une convention de partenariat de 5 ans avec la société anglaise Big, qui possède la licence pour développer le schéma de sélection de la race stabiliser en Europe.

Des doses disponibles depuis 1 an

Elitest distribue de la semence stabiliser depuis un an environ. La convention signée avec Big permettra l’importation d’embryons et de génisses.

Valérie Scarlakens

(1) Vêlage facile dès deux ans, dépose précoce de gras intramusculaire. Les jeunes bovins sont abattus à 12-14 mois.

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