A l’heure où la grande distribution se rue sur la bio et que s’ouvrent toujours plus de nouveaux magasins spécialisés, le leader historique du secteur, Biocoop, veut marquer sa différence. Pour ce réseau coopératif de magasins indépendants, où les producteurs sont associés à la gouvernance, « le commerce est un moyen, pas un objectif en soi ». Dixit le nouveau président de Biocoop, Pierrick De Ronne, à qui Claude Gruffat cède la main pour se présenter aux élections européennes.

Le commerce : un vecteur, pas un objectif

En conférence de presse à Paris jeudi, dans un magasin ouvert trois semaines plus tôt, le nouveau patron a rappelé que « l’objectif de Biocoop est de développer l’agriculture biologique, dans un esprit d’équité et de coopération ». Le magasin, finalement, n’est qu’« un vecteur de développement de l’agriculture bio », parce qu’il offre « un écrin pour les produits », renchérit Gilles Baucher, directeur du réseau. Donc l’atteinte de son objectif passe bien par l’ouverture de magasins. Beaucoup, même : 74 en 2018, ce qui porte le total à 560. Et même si le réseau ne se fixe pas d’objectifs chiffrés, il pense atteindre 900 magasins dans les années à venir, peut-être en 2025. « En tout cas, on a dimensionné nos plates-formes logistiques pour 900 magasins », précise encore Gilles Baucher.

Un parti pris

Biocoop semble assez serein quant à l’avenir. Et pour continuer à se démarquer de la concurrence, le réseau mise à la fois sur ses valeurs – une relation « juste et responsable » avec les producteurs et « un parti pris » pour le local, la saisonnalité et le zéro déchet – et sur l’innovation avec de nouveaux formats de magasins. Ainsi, le leader de la distribution spécialisée veut développer de nouveaux formats de magasins : des « corners » dans d’autres lieux de consommation (dans des restaurants bio, des cinémas, etc.), des commerces de bouche indépendants (la première boucherie Biocoop va ouvrir prochainement à Angers) ou encore un magasin « zéro déchet » dont l’ouverture est annoncée à Paris en mai.

Ménage chez les fournisseurs ?

« La construction des filières est dans notre ADN », martèle aussi l’enseigne, qui aide au financement de divers projets sur l’amont – une biscuiterie, un outil de transformation de viande… ont ainsi été soutenus en 2018. Mais attention : Biocoop annonce aussi qu’il va durcir sa stratégie fournisseurs : « On va chercher à favoriser ceux qui ont une stratégie lisible et transparente et avec qui on partage des valeurs », a annoncé Orin Porta, le directeur général. Méfiante vis-à-vis de certaines « structures capitalistiques » et du « rachat de certains fournisseurs historiques », l’enseigne devrait « se désengager de certains fournisseurs ».

Bérengère Lafeuille