Pourquoi avez-vous tenu à écrire cette tribune ?

À vrai dire, cette tribune était prête depuis novembre, depuis ces attaques dans le Nord. Mais j’ai voulu la faire signer le plus largement possible, par toutes les obédiences. En attendant de rallier d’autres élus, le temps a passé. Mais nous étions certains que ces faits se reproduiraient. Et quand, malheureusement, nos prévisions se sont réalisées, à Paris, nous l’avons publiée.

Il y aurait, si on vous lit, plusieurs manières de défendre la cause animale. Une bonne, et une mauvaise ?

Ces actions violentes décrédibilisent en effet les autres associations, qui œuvrent concrètement pour la question du bien-être animal. Nous avons auditionné, dans le cadre du groupe de travail de l’Assemblée sur ce thème, des associations « welfaristes », comme CIWF, Welfarm, LFDA ou l’OABA. Ce sont des associations sérieuses, qui ont des approches rationnelles, et qui ne cautionnent pas cette violence. Nous n’avons en revanche jamais auditionné L214, même si cette association-là s’oppose aussi aux actions extrémistes.

Quelles seraient, selon vous, les priorités en matière de bien-être animal, tous secteurs confondus ?

Le sexage in ovo des poussins et la castration à vif des porcelets sont des sujets lesquels on devrait pouvoir avancer. J’ai d’ailleurs rédigé des questions au ministre sur ces deux points-là. Mais de nombreux éleveurs font très bien leur travail et sont déjà très en avance en matière de plein air, ou de confort dans les bâtiments par exemple.

Quel écho a reçu votre tribune ?

Ces sujets dépassent largement les clivages partisans et la tribune a été signée par des députés de mon groupe, mais également du Modem et des Républicains. Cela dit, quand vous publiez un texte comme celui-ci, vous vous exposez sur les réseaux sociaux. J’ai reçu des insultes et des menaces de la part de militants végans. Sans forcément participer aux actions que nous dénonçons, ce sont des gens que la consommation de viande dégoûte violemment, et qui peuvent tenir des propos violents.

Jean-Baptiste Moreau a refusé de signer cette tribune, car elle évoque l’impact de l’élevage français sur l’environnement. L’élevage français a-t-il des progrès à faire pour devenir plus vert ?

L’empreinte écologique de l’élevage existe, ça ne sert à rien de se mentir. Ce qui compte donc, c’est la transition en cours, qui est inéluctable. Et quand Didier Guillaume veut recentrer l’agriculture française vers l’agroécologie, en limitant les intrants, la consommation d’eau, et en améliorant le suivi des animaux, il parle bien de cette agriculture moderne. Mais le changement ne peut se faire brutalement. Il faut faire attention à la manière dont on traite les éleveurs, qui font du mieux qu’ils peuvent.

Pour recréer de la viande artificiellement, de nombreuses entreprises développent des techniques à base de cellules souches. Que penser de ce nouveau secteur ?

Énormément d’argent est investi dans l’agriculture cellulaire, et je vois mal comment on pourra l’empêcher d’arriver dans nos assiettes. Il faut donc être très vigilant, afin de mettre en place les bonnes lois quand le moment sera venu, et d’éviter le grand n’importe quoi. C’est la raison pour laquelle je souhaite mettre en place une mission parlementaire sur le sujet. Je veux comprendre précisément ce secteur encore opaque, et envisager ses effets sur l’élevage.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff