« Ça mélangeait tout, il y avait même du gilet jaune, c’était n’importe quoi », dénonce Thierry Boudaud, vice-président de Coop de l’eau, la coopérative qui porte le projet des Bassines.

Ce n’est pas au projet en lui-même que les manifestants en voulaient le plus, mais aux représentants politiques, qu’ils n’ont pas hésité à insulter, comme on l’entend sur diverses vidéos. « J’ai vu des choses qui m’ont choqué hier, des élus lynchés, et des gens qui refusent le dialogue. »

Un accord historique

L’accord qui a été malgré tout signé marque pourtant le démarrage d’un projet ciselé, que les agriculteurs du département comme les défenseurs de l’environnement, attendent, chose rare, avec une impatience partagée. « La matinée devait être historique, s’attriste Thierry Boudaud, mais on n’en retiendra que les hystériques. »

Tous ceux qui ont participé aux négociations étaient là pour soutenir le projet : le préfet, la députée Delphine Batho, le vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, le président de la chambre d’agriculture, ainsi que les représentants d’associations et de parcs naturels. Avec une cohésion que la violence aux portes de la préfecture n’a pas réussi à remettre en cause.

« Ce qui s’est passé dehors a même fédéré, lance Thierry Boudaud. Je ne me suis jamais senti aussi proche des associations environnementales qu’hier. » Les élus comme les représentants d’associations ont d’ailleurs rappelé leur détermination. « Ils nous ont dit : le protocole, on va le mettre en place, hors de question de le remettre en arrière. »

Retenues vertes

Les négociations de l’automne entre les agriculteurs, les élus, et les associations ont abouti à une nouvelle diminution du nombre de retenues, de 19 à 16, mais aussi à la mise en place de programmes individuels pour chacun des exploitants du projet.

« L’accès à l’eau, explique Thierry Boudaud, est conditionné à un engagement de chaque agriculteur de faire évoluer ses pratiques. » Les irrigants seront accompagnés par la chambre et les coopératives pour réaliser des diagnostics de leurs pratiques. « Ce diagnostic est fait pour aider chacun à évoluer, en tenant compte des spécificités des exploitations. »

Les producteurs devront également mettre en place au moins deux actions en matière de biodiversité sur ses terres, comme restaurer des frayères, ou planter des haies. « C’est une première en France, s’enorgueillit Thierry Boudaud, et les ministères de l’Agriculture comme de l’Environnement nous suivent avec beaucoup d’intérêt. »

« Si ça pouvait servir d’exemple, ça serait pas mal, confirme Yanik Maufras, président de l’association Deux-Sèvres Nature Environnement. Pour lui, « c’est avant tout l’écoute entre associations et agriculteurs qui a permis à ce protocole d’aboutir ».

Rien n’arrêtera les Bassines

« Aujourd’hui, ce projet est si bien avancé qu’on est sur un point de non-retour », estime Thierry Boudaud. Prochaine étape dès janvier 2019, avec la première réunion du comité scientifique qui fixera un schéma directeur en matière de biodiversité, « pour créer de véritables corridors écologiques ».

« On aimerait construire les retenues à l’automne prochain, mais d’ici là on doit améliorer le montage financier, et finaliser les engagements des agriculteurs. » Pour Thierry, les mesures promises doivent se traduire par des actes. « Le seul moyen de conserver la confiance acquise auprès des associations et des citoyens sera de respecter nos engagements, et surtout en matière d’environnement. »

Des actions qui devront faire l’objet d’une communication soutenue, afin d’expliquer, aux opposants comme au plus grand nombre, les efforts réalisés par les exploitants.

Ivan Logvenoff