Xavier Beulin, président de la FNSEA, s'est dit « affligé » mercredi devant la presse par ce qui s'est passé autour du barrage de Sivens dans le Tarn, expliquant n'avoir pas voulu s'exprimer plus tôt, « par pudeur et respect pour la famille du défunt ». (Voir l'interview VIDEO de Xavier Beulin)

« Gouvernement "couillu" »

Si « on a un gouvernement "couillu" », le projet doit être mené à terme, a-t-il expliqué. Mais pour le président de la FNSEA, « on est en train d'organiser une forme de djihadisme vert. Ce qui était présenté comme un mouvement pacifique est extrêmement bien organisé ». « On est dans un Etat démocratique : la décision a été prise après une large concertation, alors on l'exécute. Si on ne l'exécute pas, on n'est plus en démocratie », a détaillé Xavier Beulin. « Si de dossier en dossier, on se trouve dans une situation de blocage, il ne faudra pas s'étonner que demain, la France soit gouvernée d'une autre manière ».

« Elaboration de la décision publique dans notre pays »

Pour le président de la FNSEA, le dossier du barrage de Sivens pose trois types de questions. La première est celle de « l'élaboration de la décision publique dans notre pays », Xavier Beulin expliquant que depuis la vingtaine d'années que dure le projet de barrage, « on a épuisé toutes les voies de recours juridiques et contradictoires ».

« Désinformation »

Le deuxième sujet est celui de la « désinformation ». « On utilise de mauvais termes. Il ne s'agit pas d'un barrage, mais d'une retenue d'eau sur un territoire qui depuis 30 ans est le plus pauvre du Tarn pour ne pas dire de Midi-Pyrénées. Une centaine d'agriculteurs veulent garder des fermes petites et moyennes pour y faire des productions à valeur ajoutée. Mais pour cela, ils ont besoin d'eau et donc d'un soutien pendant la période d'étiage avec de l'eau qui peut servir à l'agriculture mais aussi à d'autres usages ». Pour Xavier Beulin, il ne s'agit donc pas d'une forme d'« agriculture industrielle », comme certains voudraient le faire croire, qui bénéficierait du projet. (Lire notre article :Barrage de Sivens : le projet sera révisé).

« Comment répondre demain à des problèmes d'aménagement ? »

Dernier élément : « comment s'y prendre demain en France pour répondre à des problèmes d'aménagement ? ». Le président de la FNSEA évoque par exemple la construction de bâtiments d'élevage : « pourra-t-on assurer un minimum de développement ? ». « Sinon, on décrète que l'on est dans un système de décroissance et alors on assume. Aujourd'hui, on se réjouit d'avoir une diversité d'exploitations et de productions. Demain, on pourrait nous reprocher une spécialisation des exploitations ou leur abandon ».

Lettre ouverte

Dans une lettre ouverte publiée mercredi dans l'après-midi, la FNSEA enfonce le clou. « Le Gouvernement n'a pas la tâche facile, disons-le mais il doit choisir sa voie : le redressement productif face à la contestation destructrice, le soutien à ceux qui produisent face aux paroles démagogiques de ceux qui ne font que parler, la vision collective face aux individus en manque de vision ».

« La France est crispée, tendue et au fond triste de son sort actuel. Raison de plus pour aider ceux qui veulent renverser la vapeur quand d'autres ne veulent que renverser la table », explique la FNSEA.

« Ici et là des élus locaux, des entrepreneurs, des acteurs de la vitalité du monde rural, à Sivens ou ailleurs, se battent pour l'activité, l'emploi, pour le pays et ils se font barrer la route par les mensonges, l'impudeur et la démagogie. Les « zadistes », professionnels des « zones à défendre » les élus verts les plus dogmatiques se drapent dans leur siège confortable de donneurs de leçons. Ils se prennent pour les sachants... face aux paysans ! », ajoute la lettre ouverte.

« Manipulation encore, manipulation toujours. On ne démonte plus les Mac Do pour la caméra. On démonte des projets sans les connaître pour exister sans cause ».

Réunion mardi

La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a annoncé mercredi qu'elle avait convoqué une réunion mardi prochain à son ministère des « parties prenantes » au projet controversé du barrage de Sivens (Tarn), afin de trouver une « solution ».

« Tout mon travail, même si ce n'est pas sur la place publique, a consisté à trouver des solutions d'équilibre, de convergence, d'apaisement, techniques, qui permettent à la fois de sécuriser les agriculteurs et les équilibres environnementaux et écologiques dont j'ai la charge », a-t-elle dit.

Y.H.