Les semis se sont déroulés dans de bonnes conditions chez Mélanie Colbert, dans le Victoria (Australie). © M. Colbert

Les images des feux et le séisme écologique annoncé en Australie à la fin de 2019 ont frappé les esprits. L’agriculture a été touchée, mais de façon partielle. Les incendies ont atteint 14 % de la surface, essentiellement des forêts d’eucalyptus où vivent les koalas, des kangourous et bien d’autres espèces animales sauvages.

Le pays, peuplé de 25 millions d’habitants, a une capacité agricole à en nourrir 60 millions. Les incendies auraient pu marquer un coup d’arrêt aux exportations, mais les prévisions sont plus optimistes.

Pari sur les céréales

« Avec les pluies de l’automne austral, nous avons parié de nouveau sur les céréales, s’enthousiasme Mélanie Colbert, agricultrice à Nhill, dans l’État de Victoria. La moisson 2019 catastrophique n’est plus qu’un mauvais souvenir. Ses causes n’étaient pas les incendies mais la sécheresse qui les a précédés. »

Le cabinet Abares table sur une production supérieure à 21 millions de tonnes de blé. Représentant traditionnellement 5 % du marché mondial, l’Australie tiendra son rang en 2021.

Côté élevage, 2,5 millions d’hectares de pâturages ont été détruits, 9 % du troupeau bovin et 2,4 % du troupeau ovin ont disparu, chiffre le ministère de l’Agriculture. Second pays exportateur, avec plus de 20 % des échanges mondiaux, l’Australie exporte les deux tiers de sa production de viande bovine, auxquels il faut ajouter les embarquements d’animaux vivants (plus ou moins un million de têtes). En production ovine, le pays est le premier producteur et exportateur mondial.

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« Les incendies vont affaiblir les capacités d’exportation d’un tiers pour ces deux marchés, mais de façon ponctuelle­, probablement pendant un an à cause du manque de fourrages, de la reconstruction des structures d’élevage brûlées et du renouvellement des animaux », précise Travis Tobin, représentant du Cattle council of Australia­, principal organisme de représentation des éleveurs­ bovins.

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900 000 t de lait en moins

En ravageant les États de Victoria et de Nouvelle-Galles, où la majorité du lait est produite, les incendies ont impacté la filière. « Sur les 8,8 millions de tonnes de lait fabriquées normalement, soit 1,6 % du volume mondial, un tiers est exporté. 900 000 tonnes manqueront et risquent de tendre un peu le marché », selon le Cniel.

L’autre conséquence est l’accélération des arrêts de production. « L’Australie connaît un déclin structurel de 2 % des fermes laitières par an. Sur les 100 exploitations touchées, la grande majorité ne fera plus de lait dans l’avenir », indique l’Institut de l’élevage.

Autres dégâts collatéraux : la filière laine, qui représente 25 % du total mondial, va perdre 9,2 % de sa production ; l’apiculture, durement touchée avec 45 % du cheptel d’abeilles disparu, et à un moindre degré les fruits (200 000 arbres ont brûlé) et le vignoble (1 % de la surface nationale).

Christophe Dequidt