Celle-ci a posé, à propos d’un mot imprécis (autrui) dans l’attendu de la convocation, une question prioritaire de constitutionnalité. Cette QPC a été déposée devant le tribunal seulement hier dans la soirée. Le président du tribunal a donc préféré reporter la comparution. Au grand dam du PDG de l’abattoir de Houdan (Yvelines) qui veut en finir avec la suspicion, et de la centaine d’agriculteurs présents devant le tribunal pour un barbecue militant.

L’association L214 était convoquée au tribunal de Versailles pour avoir pénétré dans l’abattoir de Houdan en décembre 2016. Deux de ses membres devaient être jugés pour « violation de domicile et tentative d’atteinte à la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image ».

La FDSEA d’Ile de France qui s’est portée partie civile, leur avait réservé un comité d’accueil d’une centaine de militants, parmi lesquels quelques éleveurs : « nous ne sommes pas nombreux car les éleveurs ont peur que leur élevage ne devienne une cible pour des intrusions » nous a précisé l’un d’entre eux.

« En réalité, ils poussent à la fin de l’élevage et au véganisme »

Damien Greffin, président de la FDSEA, a expliqué pourquoi son syndicat s’est porté partie civile. « L’abattoir d’Houdan est le dernier abattoir de cette taille en Ile de France. L214 focalise sur les abattoirs, déclare-t-il. Mais ce n’est pas la maltraitance qu’elle dénonce en réalité. Sinon elle porterait ses actions contre l’abattage rituel. L214 se bat pour fermer les abattoirs et arrêter l’élevage. Ils mènent toute leur campagne sur la défense du bien-être animal. En réalité, ils poussent à la fin de l’élevage et au véganisme. Ils agissent de manière détournée quand ils font appel aux dons. Les éleveurs veulent que la souffrance animale soit limitée le plus possible. Mais nous restons des amateurs de viande et eux veulent convertir tout le monde à la nourriture végan. Nous nourrissons la population. Nous discutons parfois avec eux. Mais nos positions sont irréconciliables ».

Vincent Harang, PDG de l’abattoir, ne dit pas autre chose : « cette intrusion, il y a six mois, a terni notre image. Nos employés étaient choqués. Nous avons reçu 150 lettres d’insultes et des menaces de mort. Nous avons perdu cinq de nos clients même si nous avons gardé ceux qui nous connaissent vraiment. Nous accueillons toutes les visites des services administratifs et vétérinaires nécessaires. Nous avons demandé un audit à l’OABA. Nous écoutons les recommandations. Mais un abattoir sera toujours un abattoir ». « Nous attendons une condamnation de ces pratiques » souligne son avocat qui précise que les prévenus encourent de la prison.

Près de 80 % des boucheries à la ferme de notre région ont besoin de cet abattoir

Sébastien Arsac, l’un des créateurs de l’association L214, a commenté sa convocation au tribunal devant les journalistes : « est-ce que ce que l’on voit sur nos vidéos est défendable ? Je ne comprends pas : jusqu’ici, quand nous nous portions partie civile contre les abattoirs que nous avons filmés, la filière de l’élevage se portait aussi partie civile, condamnant des pratiques qu’ils estimaient indéfendables. Pourquoi sont-ils aujourd’hui aux cotés de cet abattoir qui pour nous devrait être fermé ? »

Des éleveurs rencontrés devant le tribunal ont apporté la contradiction. « Nous faisons partie d’une association de Haute Normandie qui réunit éleveurs, grossistes et bouchers. Nous sommes en circuit court. Nous faisons abattre chaque semaine 200 porcs depuis 12 ans. Avec satisfaction » précisent les époux Carpentier. « Quand nous livrons des porcs, pour des raisons sanitaires, nous lavons nos camions. Nous ne dépassons pas la bouverie. Et L214, au nom de la défense animale, fait fi des règles sanitaires, en pénétrant sans précaution dans cet espace qui est privé tout de même. Près de 80 % des boucheries à la ferme de notre région ont besoin de cet abattoir. C’est le seul indépendant de notre secteur. Et nous y tenons pour ne pas être à la merci de grosses structures d’abattage ».

La suite du débat aura lieu le 4 septembre.

Marie Gabrielle Miossec