La semaine a été marquée par les atermoiements de la Russie vis-à-vis de l’accord concernant le corridor maritime ukrainien. Retrait de cet accord puis retour et grosses négociations concernant la contrepartie russe pour un renouvellement de l’accord à la fin de novembre. Malgré les baisses de la fin de la semaine, la plupart des prix sont en hausse sauf ceux des tourteaux et du maïs.

Semaine très mouvementée pour le marché mondial du blé 

La semaine a d’abord débuté avec l’annonce samedi soir du retrait de la Russie de l’accord concernant le corridor sécurisé pour les exportations au départ du grand Odessa (Ukraine). Les prix du blé ont alors flambé jusqu’à 357,75 €/t le 1er novembre 2022 pour l’échéance de décembre du Matif, un gain de plus de 20 €/t par rapport à la clôture de cette échéance vendredi dernier.

Le retrait de la Russie a d’abord affolé les opérateurs et suscité beaucoup de questions quant à la poursuite possible ou non des exportations ukrainiennes en l’absence de l’aval russe. Et puis, volte-face de la Russie mercredi avec l’annonce de son retour dans l’accord jusqu’à la fin de sa première phase le 19 novembre prochain. Les prix sur le Matif sont alors redescendus proches de 340 €/t, perdant presque tout ce qu’ils avaient gagné au début de la semaine.

Cette volte-face semble avoir découlé de négociations entre les présidents turc et russe mardi soir. La situation s’est donc clarifiée pour les deux semaines à venir mais toutes les incertitudes restent de mise concernant la future attitude de la Russie pour le renouvellement de l’accord à la fin de novembre.

La Russie cherche à exporter son blé à tout prix

Difficile d’y voir clair en ce qui concerne la volonté russe. Toutefois deux évolutions majeures semblent valoir la peine d’être soulignées aujourd’hui. D’une part, le président turc Erdogan a annoncé avoir signé un accord avec son homologue russe, accord selon lequel des céréales russes pourraient être envoyées gratuitement à plusieurs pays d’Afrique (dont le Soudan). 

D’autre part, il semble que les exigences que la Russie entend poser afin d’accepter le renouvellement de l’accord sur le corridor au-delà de novembre se précisent. Elle vient en effet aujourd’hui d’annoncer qu’elle demande aux pays de l’Ouest de réduire les sanctions appliquées à la banque Rosselkhozbank (banque de crédit aux agriculteurs) afin de faciliter les exportations russes.

C’est en effet sur le sujet des exportations de la Russie que porte l’enjeu du renouvellement. Malgré des chargements non négligeables en octobre, la Russie veut pouvoir exporter plus de grains de son énorme récolte en 2022 et reprendre aussi ses chargements d’ammoniac qui transitent par un pipeline dans le sud de l’Ukraine. Or, ses exportations de grains sont rendues compliquées par les sanctions financières et donc le retrait du marché de plusieurs banques internationales qui préfinançaient d’habitude (avant la guerre) ces exportations.

La Russie demande donc un relâchement très ciblé des sanctions qui lui sont imposées. Aucune réponse pour l’instant à ces requêtes, mais ces dernières et la possibilité de ventes gratuites à l’Afrique viennent illustrer l’autre combat que mène le pays pour faire sortir ses marchandises.

Dégradations dans l’hémisphère Sud

Après tous ces mouvements, les prix sur le marché physique en France ont suivi Euronext en hausse puis en baisse. Ils se retrouvent toutefois légèrement supérieurs à ceux de la semaine dernière (+6 €/t rendu Rouen, à 343,5 €/t en base juillet). En dehors du triste feuilleton de la mer Noire, on notera la confirmation en Argentine des dégâts que la sécheresse, puis les gelées récentes, ont causé aux cultures.

La Bourse de Buenos Aires a réduit à son tour hier son estimation de la récolte de blé à 14 millions de tonnes et le gouvernement semble d’accord désormais pour octroyer des délais aux opérateurs en ce qui concerne l’utilisation des licences d’exportation déjà obtenues.

Enfin, au contraire, les pluies n’en finissent plus d’inquiéter en Australie où les inondations dans l’est du pays laissent présager de larges pertes qualitatives.

Envolée des prix de l’orge au début de la semaine puis retrait

Après une légère hausse au cours de la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une très forte progression au début de la semaine, puis un retrait au milieu de la semaine pour terminer à un niveau rendu Rouen supérieur de 6,5 €/t à celui de vendredi dernier, à 303,5 €/t (base juillet). Comme pour les autres céréales, la hausse des cours au début de la semaine a résulté de l’annonce par le Kremlin du retrait de la Russie de l’accord concernant les exportations ukrainiennes.

Après le retour de la Russie dans l’accord, les prix ont immédiatement réagi par une baisse, sans pour autant descendre au niveau de vendredi dernier. D’une part, le contexte géopolitique toujours très tendu et les incertitudes sur le maintien du corridor sécurisé empêchent les prix de descendre davantage. Les marchés de l’orge restent particulièrement sensibles à toute annonce concernant la poursuite des exportations via le corridor sécurisé, en attendant le résultat des négociations entre la Russie et l’ONU concernant un renouvellement éventuel de l’accord au-delà du 19 novembre.

D’autre part, la dégradation des perspectives de récolte en Australie à cause de très fortes pluies ainsi qu’en Argentine à cause de la sécheresse, réduit l’offre au niveau mondial et empêche également les prix de descendre davantage.

À l’international, les origines australiennes et russes ont également évolué à la hausse depuis vendredi dernier (+5 $/t pour les australiennes et +3 $/t pour les russes) et sont cotées en prix Fob à 289 $/t et 285 $/t respectivement au 4 novembre. La demande reste restreinte dans un contexte économique et géopolitique incertain. On note néanmoins un nouvel appel d’offres de la Jordanie du 3 novembre pour l’achat de 120 000 tonnes d’orge.

À l’image de l’orge fourragère, les prix brassicoles d’hiver et de printemps ont aussi suivi la tendance haussière cette semaine : +9 €/t à 340 €/t Fob Creil pour l’orge brassicole d’hiver et +7 €/t à 367 €/t Fob Creil pour celle de printemps. Au-delà du facteur géopolitique, cette hausse s’explique surtout par les inquiétudes concernant la récolte australienne, réduite en partie par de très fortes pluies ces deux dernières semaines.

Les prix du maïs sous l’influence des annonces russes

Le prix du maïs Fob Bordeaux a baissé de 5 €/t, à 338 €/t (base juillet, récolte de 2022). Le prix Fob Rhin n’est plus coté; cependant, il se situerait proche de 330 €/t. Les annonces du retrait de la Russie, puis de son retour dans l’accord sur le corridor maritime ukrainien ont généré une forte volatilité cette semaine sur les différents marchés internationaux, le rôle de l’Ukraine sur le marché mondial du maïs étant très important.

Même si de nombreuses incertitudes subsistent sur la décision de la Russie quant au renouvellement de cet accord après le 19 novembre, la baisse des prix à la fin de la semaine a été marquée, effaçant presque toutes les hausses de prix du début de la semaine.

Sur le marché français, on enregistre des importations de maïs sur la façade atlantique. Cette situation reflète bien l’état du bilan français de maïs avec une récolte de 2022 catastrophique engrangée par la France pour la campagne de 2022-2023.

En Ukraine, les chargements ont continué même pendant les jours où la Russie avait suspendu sa participation à l’accord sur le corridor maritime. Toutefois, les exportations de maïs ukrainien en octobre ont baissé par rapport à celles de septembre, à 1,9 million de tonnes au 27 octobre (2,1 millions de tonnes en septembre).

En Amérique du Sud, les semis de la première récolte au Brésil sont réalisés à hauteur de 56 % et les conditions de cultures sont correctes. En Argentine, les pluies de ces derniers jours ont permis d’améliorer légèrement les conditions de cultures et d’humidité des sols, mais le déficit hydrique prolongé a causé des réductions de surfaces au profit du soja et des maïs tardifs.

Aux États-Unis, la récolte est réalisée à 76 % en date du 30 octobre, un niveau d’avancement supérieur aux projections des analystes (72 %) et de la moyenne sur 5 ans (64 %).

Les prix du colza en hausse

Cette semaine, les cours du colza ont principalement évolué en fonction de la situation géopolitique. En effet, le retrait de la Russie des négociations pour l’accord sur le corridor maritime au début de la semaine a engendré une forte hausse des cours du colza, qui ont atteint 661 €/t à Rouen et 675 €/t en Fob Moselle le 1er novembre.

Le revirement russe et leur retour à la table des négociations à la fin de la semaine ont tout de même permis de détendre les cours, ces derniers étant finalement redescendus à 649 €/t rendu Rouen et à 663 €/t en Fob Moselle. Toutefois, les cours restent sous tension en raison des incertitudes animant le marché à l’approche du terme de l’accord, dont le prolongement au-delà du 19 novembre continue de faire l’objet de négociations.

Finalement cette semaine, les cours du colza en France ont augmenté de 17 €/t. Ils ont également été soutenus par les cours du canola (achats dynamiques par les triturateurs tandis que les ventes par les agriculteurs canadiens sont lentes) et du soja.

Les prix du soja se redressent dans le sillage de l’huile

Tiré par le prix des huiles et de l’énergie, le cours du soja s’est nettement redressé cette semaine. À Chicago, la cotation a gagné 16 $/t sur le rapproché pour s’afficher à 524 $/t. Sur l’échéance de mars, le cours augmente de 19 $/t.

Les perspectives de forte demande en huile de soja dans le secteur du biodiesel au Brésil ont notamment contribué à tirer les prix vers le haut. En effet, le gouvernement brésilien envisagerait d'augmenter le pourcentage de biodiesel autorisé dans le pays de 10 % (B10) à 14 % en janvier 2023, puis à 15 % (B15) en mars 2023. Si cette mesure se confirme, l'augmentation du mandat en 2023 « boosterait » la demande en huile de soja, ce qui se répercutera sur la demande en fèves. À noter que l'huile de soja constitue environ 70 % de la matière première utilisée pour produire du biodiesel au Brésil.

Aux États-Unis, les exportations de graine de soja se sont montrées soutenues, et ce malgré les perturbations causées par le bas niveau des eaux du Mississippi. Les volumes hebdomadaires exportés s’établissaient à 2,57 millions de tonnes au cours de la semaine du 27 octobre. En outre, le temps sec persistant en Argentine inquiète, les nouveaux semis de soja dans ce pays étant imminents. La hausse des cours du soja a toutefois été freinée par le repli du blé et du maïs à la fin de la semaine.

La légère baisse des cours du tourteau de soja se poursuit

Cette semaine encore, les prix mondiaux du tourteau de soja ont légèrement reculé, entraînés par des perspectives d’offre plus fournie mais aussi par une demande limitée à cause d’un contexte économique global morose. Le prix Fob Argentine a perdu 9 $/t sur le rapproché alors que sur le marché de Chicago, le cours est resté quasi inchangé avec un très léger repli de 1 $/t, à 457 $/t.

En revanche, la cotation française adopte une tendance différente en progressant de 16 €/t pour s’afficher à 577 €/t à Montoir. Avec le ralentissement de l’activité industrielle du fait de la perte d’attractivité du soja face au colza dans l’UE, l’offre européenne de tourteau de soja tend à se réduire, ce qui pourrait expliquer cette hausse du prix.

Le prix du pois fourrager a augmenté de 6 €/t sur la semaine, à 398 €/t départ Marne, dans le sillage du tourteau de soja.

Le marché du tournesol sous tension géopolitique

Les prix français du tournesol se sont quelque peu raffermis depuis la semaine dernière. Avec la finalisation des récoltes en Europe, les rendements décevants se sont confirmés. La récolte européenne, initialement prévue à un plus haut niveau historique grâce aux surfaces records, devrait finalement nettement diminuer sur une année.

Les prix ont été également soutenus par les nombreux rebondissements lors des négociations autour du corridor sécurisé en mer Noire. Le prix du tournesol français a ainsi augmenté de 7,5 €/t (à 655 €/t pour la qualité standard et à 735 €/t pour la graine oléique).

En Ukraine, le prix de la graine rendu frontière Ouest s’est stabilisé à 505 $/t. La situation géopolitique plutôt haussière a été contrebalancée par une hausse de l’offre pour l’exportation. En effet, les pannes d’électricité récurrentes (causées par les attaques russes) entraînent un ralentissement de la trituration et donc une diminution de la demande en graine sur le marché local, laissant plus de disponibilités à l’exportation.

À suivre : négociations autour du corridor sécurisé en Ukraine, exigences russes, conditions climatiques en Amérique du Sud (blé, maïs et soja), en Asie du Sud-Est (huile de palme), récolte de canola et de blé en Australie, situation sanitaire en Chine (politique zéro Covid), croissance et inflation mondiales, prix du pétrole.