Globalement les prix ont amorcé une bonne baisse en début de semaine, avant de se reprendre légèrement en fin de semaine. La demande mondiale s’est un peu réveillée, mais reste contrainte par les hauts niveaux de prix.

Contraction des prix du blé

Cette semaine les cours français du blé ont reculé et atteignent maintenant leur niveau le plus bas depuis la mi-septembre. Sur l’échéance décembre, le Matif a perdu 14 €/t jeudi 20 octobre 2022 au soir à 338,75 €/t depuis la semaine dernière.

La baisse des prix physiques est encore un peu plus importante. Les prix du blé ont surtout baissé en début de semaine puisque les espoirs sont remontés concernant un possible renouvellement du corridor d’exportation de grain au départ de l’Ukraine. Un porte-parole des Nations Unies a affirmé lundi 17 octobre 2022 que les discussions étaient positives et constructives. Malgré ces déclarations l’issue reste très incertaine, les discussions portant notamment sur la facilitation des exportations de fertilisants au départ de la Russie. Le corridor sera officiellement remis en question le 22 novembre prochain et d’ici là, la volatilité restera très forte.

Sur la fin de semaine les prix sont repartis légèrement à la hausse car après avoir atteint leur plus bas des quatre dernières semaines, des acheteurs se sont manifestés. Cette semaine la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite ont lancé des appels d’offres pour plusieurs centaines de milliers de tonnes à chaque fois, environ 500 000 tonnes pour chacun des appels d’offres. De son côté l’Égypte semble également être à la recherche de blé, mais les achats sont maintenant privés et difficilement retraçables. Les blés français manquent de compétitivité sur l’Afrique du Nord face aux blés russes et ont peu de chance d’imposer des volumes dans ce contexte.

Le blé russe reste très agressif alors même qu’il s’est renchéri de 5 $/t cette semaine à 327,5 $/t.

EnFrance le prix du blé s’est contracté (-14 $/t à 340 $/t Fob Rouen) sous la pression de la mer Noire et en raison de la fluidification progressive de l’approvisionnement en carburant. De plus, les pluies de cette semaine ont en partie rassuré les céréaliers quant aux récents semis de blé et alors que l’Hexagone connaît toujours des situations de sécheresse notamment sur une diagonale allant de la Bretagne jusqu’à l’Occitanie.

Le blé argentin, en revanche, enregistre la hausse la plus marquée (+20 $/t à 380 $/t) à la suite de l’annonce par la bourse des grains de Buenos Aires d’une nouvelle forte révision à la baisse de sa prévision de production, à seulement 15,2 millions de tonnes, contre 22,1 millions de tonnes l’année dernière.

Baisse des prix de l’orge cette semaine

Après une hausse au cours de la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une baisse significative cette semaine. Le prix rendu Rouen du 21 octobre échéance octobre-décembre a ainsi perdu 16,5 €/t par rapport à la semaine précédente, à 294,5 €/t (base juillet). La demande sur le marché français reste toujours restreinte dans un contexte économique défavorable, couplée à la menace d’une crise énergétique en Europe à l’approche de l’hiver.

De plus, un nouveau cas de grippe aviaire a été détecté sur le sol français ce qui suscite de plus en plus de préoccupations dans la filière et pèse sur la demande. Les exportations en provenance de l’Ukraine continuent de progresser malgré l’escalade récente dans le conflit, et en attendant le résultat des négociations entre la Russie et l’ONU concernant la poursuite des exportations de grains ukrainiens via le corridor sécurisé, ce qui a pesé sur les prix mondiaux.

À l’international, les prix des origines australiennes et russes ont également évolué à la baisse depuis vendredi dernier (-5 $/t pour les origines australiennes et -6 $/t pour les origines russes) et sont cotés en prix FOB à 285 $/t et 282 $/t respectivement au 21 octobre. La pression baissière sur les prix continue de venir de la Russie, en raison de l’exceptionnelle récolte de cette année. Les acheteurs restent toutefois vigilants quant à la capacité de la Russie à exporter ses disponibilités.

En effet, une baisse des exportations a été enregistrée au cours du mois de septembre (-300 000 tonnes approximativement) et l’activité semble être peu dynamique sur le mois d’octobre malgré des prix compétitifs (du 1er au 18 octobre les exportations russes s’élèvent à 210 000 tonnes contre 430 000 tonnes à la même période de l’année dernière).

Côté demande mondiale, on note un nouvel appel d’offres de la Jordanie pour l’achat de 120 000 tonnes d’orge ainsi que l’achat en orge de la Corée du Sud; à hauteur de 30 000 tonnes le 19 octobre. 

À l’image de l’orge fourragère, les prix brassicoles d’hiver et de printemps ont aussi suivi la tendance baissière cette semaine (-5 €/t à 331 €/t Fob Creil pour l’orge brassicole d’hiver et -13 €/t à 362 €/t Fob Creil pour celle de printemps). Malgré les incertitudes persistantes sur la qualité de l’orge brassicole en Australie, l’offre au niveau mondial ne semble pas être en tension pour l’instant grâce aux exportations canadiennes qui continuent de monter en puissance.

Les prix des maïs français corrigent en légère baisse sous la pression des maïs ukrainiens

Le maïs FOB Bordeaux a baissé sur une semaine, -5 €/t, à 340 €/t (base juillet, récolte 2022). Le prix FOB Rhin a légèrement baissé, de 1 €/t à 336 €/t (base juillet, récolte 2022). Les prix des maïs français se sont corrigés à la baisse sous la pression des prix des maïs ukrainiens.

En effet, les exportations de l’Ukraine vers l’Union Européenne sont conséquentes. Ces importations de maïs permettent un certain soulagement du bilan européen de maïs, sous tension en raison d’une récolte 2022 catastrophique. Les maïs des principaux exportateurs de l’Union européenne (France, Roumanie, Bulgarie…) ne sont pas compétitifs face à l’origine ukrainienne diminuant par la même occasion leur demande.

En effet, en Ukraine les données douanières font état de plus de 900 000 tonnes de maïs exportées sur les deux premières semaines d’octobre. C’est un volume en léger ralentissement par rapport à septembre. Le rythme des exportations ces prochaines semaines sera à suivre de près d’autant plus que les incertitudes sont importantes sur le renouvellement du corridor. Ainsi, malgré la légère baisse observée, les prix du maïs demeurent à des niveaux historiquement élevés pour la plupart des origines étant donné les incertitudes au niveau géopolitique.

Aux États-Unis, la récolte a atteint 45 % des surfaces de maïs. Malgré une récolte en retrait par rapport à la campagne précédente, la pression récolte tire en baisse modérée les prix US, au moins temporairement.

En Amérique du Sud, même constat que les semaines précédentes avec un déficit hydrique toujours marqué en Argentine, alors que les semis de la première récolte touchent à leur fin. Néanmoins, des pluies sont attendues la semaine prochaine et permettront d’améliorer les conditions de cultures.

Les prix du colza sont globalement inchangés

Malgré la pression exercée par les craintes sur la demande en pétrole et par les ventes de canola par les agriculteurs canadiens en début de semaine, les prix français se sont finalement maintenus sur la semaine, à 628 €/t rendu Rouen et 642 €/t en Fob Moselle.

En effet sur le reste de la semaine, les cours du colza ont été tirés à la hausse par divers éléments de soutien dont les prix du canola au Canada (+15 $/t sur novembre avec la récolte décevante et la trituration dynamique induite par les bonnes marges).

De plus, la graine française est compétitive sur le marché mondial, ce qui contribue également au soutien des cours. Cette semaine un flux inhabituel de 40 000 tonnes de colza au départ de Rouen aurait été chargé à destination des États-Unis.

Enfin, les précipitations excessives continuent de provoquer des inondations en Australie et en Asie du Sud-Est, ce qui inquiète le marché sur le potentiel de production en canola et en huile de palme.

Ainsi, malgré les bonnes disponibilités en graine, les prix européens restent plutôt fermes, soutenus par la récolte canadienne décevante et par les incertitudes pesant sur la production australienne. Une bonne demande en huile de colza pour le secteur de biodiesel à l’approche de la saison hivernale apporte également un soutien supplémentaire aux cours du colza.

Les prix du tournesol sont stables

Les prix français du tournesol ont peu évolué depuis la semaine dernière à 730 €/t pour la qualité oléique et à 650 €/t pour le tournesol standard à Saint-Nazaire. Le marché hexagonal était plutôt calme : la récolte touche à sa fin et les faibles rendements se confirment. La production est attendue autour de 1,7 million de tonnes contre 1,9 million de tonnes en 2021.

D’autre part, le niveau de la demande pour la trituration apparaît correct malgré une forte concurrence de la graine de colza, dont les marges industrielles demeurent plus intéressantes.

Sur la scène mondiale, les travaux de récolte se sont accélérés en Ukraine et en Russie avec la fin des épisodes pluvieux. Côté géopolitique, les opérateurs du marché continuent de surveiller de près l’évolution des pourparlers sur le prolongement du corridor de produits agricoles au départ de l’Ukraine. La reconduite (ou non) de ce corridor au-delà du 22 novembre sera en effet décisive quant aux disponibilités d’huiles de tournesol sur le marché mondial.

Notons enfin que le gouvernement turc a décidé de mettre en place une taxe de 5 % sur les importations de graine de tournesol à partir du 27 octobre, dans l’objectif de protéger l’intérêt des producteurs locaux.

Du côté ukrainien, des propositions de mise en place des restrictions à l’exportation de tournesol sont en cours de discussion. Selon les triturateurs locaux, le fort dynamisme des ventes de graine via les frontières terrestres et le corridor maritime soutient les prix intérieurs et pénalise les marges de trituration dans les usines locales.

Soja : les prix évoluent peu cette semaine

Les prix mondiaux du soja ont peu évolué ; le repli en début de semaine ayant été partiellement compensé par des facteurs haussiers en fin de semaine.

À la Bourse de Chicago, le cours a reculé de seulement 2 $/t sur le rapproché pour s’établir à 511 $/t. Le Fob brésilien a lui perdu un peu plus de hauteur (-13 $/t) pour s’afficher à 599,25 $/t.

Au Brésil, les travaux de semis se déroulent de façon satisfaisante. Les semis ont atteint plus de 21,5 % de la surface attendue à la mi-octobre. Les précipitations enregistrées ces dernières semaines seront favorables au bon développement des cultures. Si ces conditions optimales persistent, la production pourrait bien atteindre un record historique.

Par ailleurs, la récolte de soja aux États-Unis progresse rapidement (63 % récoltés au 16 octobre contre 52 % en moyenne quinquennale). Les conditions météorologiques favorables devraient se poursuivre sur les prochains jours, et contribuent à faire avancer plus rapidement la récolte. Ces belles perspectives d’offre ont contribué à faire pression sur les prix mondiaux du soja.

En parallèle, les craintes d’un ralentissement de la croissance économique mondiale suscitent des inquiétudes quant à la tenue de la demande, de quoi déstabiliser les marchés agricoles, comme celui de la fève et du tourteau de soja. Toutefois, la forte demande en biodiesel a contribué à tirer les prix de l’huile de soja vers le haut cette semaine, ce qui a permis de freiner la baisse du cours de la graine de soja.

Tourteau de soja : légère baisse des cours

Les prix du tourteau de soja sont repartis à la baisse cette semaine. La cotation à Chicago a perdu 6 $/t sur le rapproché à 456 $/t. La dichotomie entre le marché de l’huile et celui du tourteau de soja aux États-Unis peut notamment expliquer cette tendance baissière.

En effet, la forte demande en huile booste la trituration dans le pays et en ricochet contribue à faire augmenter l’offre en tourteau de soja. Toutefois, la demande intérieure en tourteau de soja reste limitée du fait notamment la concurrence avec d’autres tourteaux et plus généralement d’une faible demande domestique en alimentation animale.

Le Fob argentin a lui peu évolué, gagnant 1 $/t sur le rapproché à 494,3 $/t mais accuse un repli de 10 $/t sur l’éloigné. La demande chinoise demeure pour le moment soutenue, contribuant à freiner la baisse des prix mondiaux.

Les stocks de tourteaux en Chine continuent de reculer pour atteindre un très bas niveau de 3,6 millions de tonnes la semaine dernière. C’est 1,4 million de tonnes de moins que l’an dernier.

À Montoir-de-Bretagne, le cours s’est replié de 10 €/t sur le rapproché à 569 €/t. La grippe aviaire continue de menacer les élevages dans l’Union européenne. En France, la situation sanitaire se dégrade dans les grands bassins de production de volailles. Les régions Bretagne et Pays de la Loire ont été mis en zone de contrôle temporaire. L’accélération de la propagation de l’épizootie met à mal la demande en tourteau.

À suivre : avancée des discussions diplomatiques autour du corridor d’exportation de l’Ukraine, conditions climatiques en Argentine, qualité des récoltes en Australie, sécheresse pour les semis des blés d’hiver aux USA, prix du pétrole, cheptel porcin en Chine.