Ce jeudi 11 novembre 2021 sur France 2, l’émission « Cash Investigation » d’Élise Lucet, sera consacrée au retraitement des déchets. Les trente dernières minutes se penchent sur la méthanisation. L’émission est comme à son habitude, à charge, mais le monde agricole n’est pour une fois pas pointé directement du doigt. Un petit méthaniseur sur une ferme bretonne y est même présenté comme un modèle. Il est d’ores et déjà possible de visionner l’émission sur le site internet de France Télévisions.

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Bénéfices oubliés

Après plus d’une heure à charge contre la filière du recyclage des emballages, Cash Investigation s’intéresse aux déchets agricoles. Les externalités positives de la méthanisation sont à peine évoquées et l’intérêt comme fertilisant du digestat n’est que très brièvement cité. Le fait que cette énergie renouvelable soit non-intermittente ou qu’elle soit l’une des seules à pouvoir remplacer le gaz fossile également.

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Le chapitre sur la méthanisation avait pourtant plutôt bien commencé, avec la visite d’une exploitation laitière en Ille-et-Vilaine, équipée d’un microméthaniseur en cogénération. Mais rapidement, l’émission passe à l’attaque.

Une comparaison discutable

Le projet, très controversé, de méthaniseur à Corcoué-sur-Logne est évoqué et la parole est donnée à des riverains inquiets. Très vite, Élise Lucet emmène ses téléspectateurs en Allemagne, en faisant un parallèle discutable entre le développement de la méthanisation en France et outre-Rhin.

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Le modèle allemand est pointé du doigt avec ses méthaniseurs alimentés pour moitié par du maïs, et l’effet multiplicateur que cela a eu sur les prix du foncier. Il est présenté comme ayant « quinze ans d’avance » sur la France, comme si l’Hexagone était destiné à tendre vers ce modèle.

C’est ensuite le montant des subventions allouées à la filière qui est critiqué, avant que l’accident de l’unité industrielle d’août 2020 à Châteaulin (Finistère) soit mis en avant.

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Les agriculteurs relativement épargnés

Des questions sont posées à Daniel Chateigner, membre du CSNM (Collectif scientifique national méthanisation raisonné), une association qui lutte contre la quasi-totalité des projets de méthaniseurs.

Étonnamment, il épargne les agriculteurs en dénonçant les méthaniseurs de taille industrielle en premier lieu. « Les grosses structures sont accidentogènes, mais les agriculteurs ont une gestion à peu près correcte, sans beaucoup d’incidents » estime le professeur de physique de l’université de Caen.

Enfin, la parole est donnée à la député d’Ille-et-Vilaine, Claudia Rouaux, puis à la Ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. La première défend sa proposition d’augmenter les contrôles sur les installations et de durcir les règles pour encadrer les dérives.

La seconde défend un point de vue proche, tout en insistant sur le fait que « la méthanisation est une énergie d’avenir » et sur la nécessité de remplacer le gaz naturel fossile par du gaz renouvelable français.

Gildas Baron