Depuis 1957, le principe était simple : pour partir en retraite, les agriculteurs allemands devaient céder leurs terres en les vendant ou en les mettant à bail pendant au moins neuf ans. La mesure garantissait aux jeunes d’avoir une chance de lancer leur carrière. Partant d’un motif louable, le dispositif avait fini par produire des effets pervers. Les exploitants sans repreneur, victimes du manque de vocations, ne pouvaient pas liquider leur pension. D’autres, promis à une maigre retraite, ne pouvaient pas combiner la retraite avec une poursuite de leur activité.

Cotisations sociales

En août 2018, la Cour constitutionnelle a invalidé la clause de cession, mettant fin aux interminables discussions sur le sujet au sein de la coalition droite-gauche d’Angela Merkel. Le gouvernement a décidé de supprimer la clause en fin d’année dernière. Environ 10 000 agriculteurs de plus de 65 ans sont, pour des motifs variés, toujours actifs, selon la caisse de sécurité sociale agricole SVLFG. On trouve dans ce groupe les victimes de la clause de cession, souvent de petits exploitants. Mais la réforme ne va pas faire que des heureux.

« La réalité rattrape les espérances placées dans cette mesure par ceux qui voulaient profiter des avantages de toucher leur retraite et de percevoir les revenus de leur activité agricole », raconte Achim Hübner, directeur du Landvolk Göttingen, une organisation affiliée au principal syndicat agricole DBV. « Prenons l’exemple d’un agriculteur de 65 ans qui veut liquider sa retraite et continuer son activité. Il touchera environ 600 euros de pension, tout en étant soumis à des cotisations d’assurance maladie. En tant que simple retraité, il payerait environ une centaine d’euros d’assurance, mais s’il reste agriculteur, l’assiette concernera tous les revenus d’activité : bénéfices agricoles, fermages ainsi que les autres revenus (panneaux solaires…). Le montant des cotisations est beaucoup plus élevé, dans le meilleur des cas environ 700 euros. » La pension de retraite passe quasiment en entier dans le paiement des cotisations maladie.

Modernisation moins rapide

Le nouveau dispositif pose deux autres problèmes. Les retraités actifs vont peser sur l’équilibre de la caisse de sécurité sociale des agriculteurs. Plus âgés, ils génèrent plus de dépenses. Ils risquent de faire augmenter les cotisations. Ensuite, la fin de la clause de cession pourrait ralentir la modernisation des exploitations en permettant de repousser le passage de témoin. « Un septuagénaire ne va pas investir comme un trentenaire ou un quadragénaire », relève Erich Koch, référent à la SVLFG. « Les surfaces agricoles resteront plus longtemps dans les mêmes mains. Ces terres ne seront pas disponibles pour les autres actifs », complète Achim Hübner.

Depuis août dernier, la SVLFG n’enregistre pas de ruée vers la retraite. Achim Hübner fait un constat similaire dans sa région, située au centre du pays. Il observe même une évolution inverse : des exploitants agricoles en activité secondaire réfléchissent à jouer les prolongations, malgré la problématique des cotisations maladie. Luc André