Il a martelé sa méthode pendant plus d’une heure : concertation, dialogue et encore concertation. Lors de ses vœux à la presse ce lundi 22 janvier au ministère de l’Écologie, Nicolas Hulot n’a pas manqué d’en vanter les avantages. En procédant de cette façon, il veut déminer d’avance les futures critiques. Car Nicolas Hulot veut accélérer les réformes. Proposées par le ministre occupant la position de « numéro 3 » dans le gouvernement, les prochaines mesures s’imposent à de nombreux autres ministères, dont notamment l’agriculture.

 

 

 

 

 

 

  1. Les États-généraux de l’alimentation (EGA)

    Le ministre de l’Écologie réalisera un déplacement avec son collègue de l’agriculture sur le sujet cette semaine. « J’ai marqué une forme d’impatience à la conclusion », admet-il (NDLR : Nicolas Hulot n’avait pas assisté aux conclusions des EGA) avant de préciser qu’il reviendra sur l’ouvrage avant le Salon de l’agriculture. « Avec les EGA, nous avançons », notamment via le chantier « alimentation saine, sûre, durable et accessible ». Au travers du plan climat, le ministère devrait ainsi initier des actions visant à réduire le gaspillage alimentaire, à réduire les quantités d’engrais azotés, à protéger les sols et à mobiliser les nouvelles technologies.

  2. Le plan loup et la condition animale

    En 2018, Nicolas Hulot veut aborder « un sujet un peu touchy », selon ses termes : celui de la condition animale. « Je veux engager une réflexion pour faire émerger une conscience collective, a-t-il développé. On n’est pas très clair sur ce sujet. » La FNSEA, par la voix de Christiane Lambert, ainsi que les chasseurs, ont d’ores et déjà signalé qu’ils souhaitaient participer.

    En ce qui concerne le plan loup, la consultation se termine ce 29 janvier.

  3. Les molécules phyto et l’« effet cocktail »

    Après le glyphosate, place à « l’effet cocktail », c’est-à-dire au fait d’être exposé à plusieurs substances, augmentant en conséquence leur dangerosité. Nicolas Hulot veut travailler sur ce sujet avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. « Des initiatives vont être prises. On a focalisé le débat sur le glyphosate et je suis conscient des difficultés. Je veux la même détermination, mais sur l’ensemble des molécules. Faisons-le rationnellement. Il faut prendre du temps et travailler avec intelligence et harmonie avec le monde agricole. Les EGA ouvrent une voie sur la sécurité et sur la qualité. »

     

    En parallèle de ces déclarations, le gouvernement a lancé le 18 janvier la « concertation sur les propositions de plans d’actions sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides ».

  4. L’accélérateur de transition écologique, ou Act

    Comme nous l’avons révélé il y a déjà quelques jours, la politique de diminution des gaz à effet de serre passera par des mesures groupées sous la bannière « Accélération de transition écologique », ou Act. « La feuille de route sera donnée au printemps au président de la République et au Premier ministre. » Économie circulaire, énergies renouvelables, fiscalité, finance et innovation seront au programme. « Tout cela va nourrir la programmation pluriannuelle de l’énergie, ou PPE, et la stratégie nationale bas carbone, ou SNBC », qui ne seront définies qu’en fin d’année.

  5. La PPE et « le plan de libération »

    Cette PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) sera fixée dans moins d’un an. Les consultations seront donc longues. Mais Nicolas Hulot indique que les deux scénarios extrêmes, celui laissant une place importante au nucléaire et l’autre aux renouvelables, sont éliminés. En outre, il précise que des mesures s’ajouteront à celles déjà annoncées la semaine dernière sur la simplification dans la filière éolienne. Ce sont celles qui seront issues des groupes de travail sur la méthanisation et sur le solaire photovoltaïque. Elles alimenteront le plan de libération des énergies renouvelables, prévu pour le mois de mars.

  6. Économie sociale et solidaire et économie circulaire

    Le travail est aussi un souci de Nicolas Hulot. Un pacte de croissance sera mis sur les rails au mois de mars avec Christophe Itier, haut-commissaire à l’économie sociale et solidaire. « Un salarié sur deux n’est pas heureux d’aller au travail », précise Nicolas Hulot, qui veut inverser la tendance.

    Pour contrer « le pillage des écosystèmes » et dans le contexte de raréfaction des matières premières, Nicolas Hulot compte travailler sur l’économie circulaire. « C’est une partie de la réponse. Une feuille de route sera bientôt écrite, en mars, a-t-il promis. Elle intégrera des sujets variés comme l’obsolescence programmée, les plastiques recyclables, etc. ».

  7. Les assises de l’eau

    Les remontées d’informations des préfets, portant notamment sur l’augmentation des populations et les consommations d’eau, préoccupent le ministre de l’Écologie. « Le stress hydrique ne fait que s’accentuer. Pourquoi ne pas mettre des retenues collinaires, s’interroge Nicolas Hulot. Mais ce n’est pas cohérent avec les cultures comme le maïs irrigué. Il faut rentrer dans une ère de sobriété. » Ces assises de l’eau devraient se préciser dans les prochaines semaines. L’idée d’une consultation sur la gestion de l’eau était apparue lors du Congrès des maires, au mois de novembre 2017.

    Lors de ses vœux à la presse et pour appuyer sa stratégie, Nicolas Hulot a parlé de construire « la République des communs », c’est-à-dire des biens communs : eaux, sols, terres agricoles, etc.

  8. Les Zad ou la consultation du public

    « Sur Notre-Dame-des-Landes (NDDL), s’il y a un enseignement à tirer, c’est que les consultations citoyennes qui précèdent sont souvent des séances d’information et pas des consultations. »Nicolas Hulot précisera qu’il fallait aussi tenir compte de l’évolution du contexte durant toutes ces années pour prendre une décision. « Il y a de la bonne foi des deux côtés ; […] toute opposition est assez souvent fondée », ajoute-t-il. « Je prends du temps. Je préfère la pédagogie à la démagogie. » Comparant NDDL et les énergies fossiles, Nicolas Hulot précise que « la situation n’était pas claire, on l’a clarifiée, on avance. NDDL, on peut en penser ce qu’on veut, on avance ».

  9. Plan d’adaptation au changement climatique

    Nicolas Hulot déclare que le deuxième plan national d’adaptation au changement climatique est en cours d’élaboration. La France s’est dotée en 2011 d’un plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) pour une période de cinq ans. Conformément à la loi de programmation du Grenelle de l’environnement, il a pour objectif de présenter des mesures concrètes et opérationnelles pour préparer le pays à faire face et à tirer parti de nouvelles conditions climatiques. Les mesures préconisées concernent tous les secteurs d’activité autour de quatre objectifs : protéger les personnes et les biens ; éviter les inégalités devant les risques ; limiter les coûts et tirer parti des avantages ; préserver le patrimoine naturel. Pour le premier plan, 84 actions ont été déclinées en 242 mesures dans 20 domaines ; l’agriculture est concernée.

  10. G7 et biodiversité

    Le ministre de l’Écologie a annoncé qu’il discutait avec Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, pour que le thème de la biodiversité soit abordé lors du G7 qui se tiendra en France en 2019. « Il faut remettre la biodiversité au même niveau que l’enjeu climatique. La France dit faire la démonstration de la responsabilité. C’est un sujet complexe, c’est l’une des priorités. »

  11. Cop 24

    Sur l’Europe, Nicolas Hulot estime qu’il n’y a pas la même unité ou la même appétence partout. « La France veut recréer une ambition climatique », a-t-il dit. La Cop 24 qui se déroulera à la fin de 2018 en Pologne en donnera l’occasion.

  12. Sommet des peuples pionniers, racines

    Le ministre de l’Écologie a annoncé la tenue à la fin de l’année 2018 ou au début de 2019, d’un Sommet des peuples pionniers ou racines. « Il faut installer un dialogue entre le monde de la spiritualité et le monde de la modernité », a-t-il expliqué.

     

 

Formulée ainsi, l’action du ministère de l’Écologie se résume en 12 travaux. Nicolas, aussi fort qu’Hercule ?