La Confédération paysanne et la Fnab ont annoncé dans un communiqué le 23 mai 2019 qu’elles quittaient le comité bio d’Interfel à la suite de l’élection de leur corapporteur, qualifié de « défenseur affiché d’une agriculture biologique industrialisée, poussant notamment un recours sans restriction au chauffage des serres pour la production de fruits et légumes bio, à contre-saison, en contradiction totale avec le règlement biologique européen. »

 

Les deux candidats proposés pour représenter les producteurs du comité bio étaient Mathieu Lancry (Confédération paysanne) et Bruno Vila, (Légumes de France/FNSEA). Ce dernier a été élu à « une large majorité ». « L’interprofession rappelle que si elle respecte les positions individuelles de ses 14 membres, elle est aussi le garant des décisions prises collectivement. Le choix d’une stratégie de rupture lorsqu’on est mis en minorité après un vote démocratique ne nous semble pas la bonne attitude », a répondu Interfel dans un communiqué le 24 mai, regrettant cette rupture du dialogue interprofessionnel.

« Des informations délibérément trompeuses »

Le recours au chauffage en agriculture bio est actuellement autorisé par le règlement européen. Une pratique à laquelle s’oppose notamment la Fnab, car « le règlement européen stipule que la production biologique doit respecter le cycle des saisons et faire un usage raisonné de l’énergie ».

 

« C’était une provocation d’Interfel d’afficher une candidature si ouvertement opposée aux principes de l’agriculture biologique. Nos groupements économiques et nos adhérents paysans et paysannes ont développé la bio en respectant ces principes et en gagnant la confiance du consommateur. La Confédération paysanne et la Fnab ne cautionneront pas les dérives du label bio promues par l’interprofession », a déclaré Mathieu Lancry.

 

« Nous ne pouvons laisser diffuser des informations délibérément trompeuses : il n’existe pas de « label bio Interfel », et nous ne sommes pas « favorables à un Bio industriel » ! Interfel n’est absolument pas favorable à un système de serres chauffées en agriculture biologique toute l’année », a corrigé l’interprofession.

Éviter des distorsions de concurrence

Pour Emmanuel Aze, responsable de la commission des fruits et légumes de la Confédération paysanne, il s’agit d’un refus « de défendre une bio exigeante ». Une position dont Interfel se défend : une évolution du guide de lecture du règlement bio reste possible, « dans le respect du cadre communautaire », et « dans le but d’éviter toute surtransposition réglementaire pouvant conduire à des distorsions de concurrence pour les producteurs français ».

 

« L’interprofession se mobilise pour assurer une totale transparence vis-à-vis du consommateur et éviter toute confusion portant sur des cahiers de charges AB divergents d’un pays à l’autre au sein de l’Union européenne », a insisté Interfel.

 

Le Comité national d’agriculture biologique (Cnab), qui devait se prononcer le 3 avril sur l’interdiction du chauffage des serres pour la production de fruits et légumes bio hors saison, a reporté le vote à juillet 2019.