Les produits alimentaires peuvent-ils être classés et étiquetés suivant leur degré de transformation ? Contre toute attente, des scientifiques de la Société française de nutrition, de l’Inrae, de l’Inserm, de Bordeaux Sciences Agro, de VAB-Nutrition et de MS-Nutrition s’y opposent. Car pour ces chercheurs, « la définition même de ce groupe d’aliments [ultra-transformés] reste imprécise », indiquent-ils dans un communiqué commun daté du 8 juin 2022. Ils dénoncent en particulier le système de classification Nova pour considérer qu’un aliment est ultra-transformé.

Un manque de fiabilité

Afin de tester le modèle Nova, 170 experts — issus du monde académique, cliniciens ou professionnels de l’industrie alimentaire — ont été sollicités pour classer des produits suivant les degrés de transformation définis par l’outil. Les résultats montrent des affectations très hétérogènes pour 25 % d’entre eux, même une fois la liste d’ingrédients communiquée aux évaluateurs : « Les critères actuels du système Nova ne permettent pas de classer les aliments de manière reproductible et non ambiguë. Ce manque de fiabilité pose un problème et souligne le besoin de recherches supplémentaires », résument les scientifiques.

D’autres critères plus pertinents

Parmi eux, Catherine Renard, directrice de recherche du département Transform de l’Inrae, interrogée par La France Agricole, insiste sur « les failles du système Nova et cette espèce de présupposé qui dit que les aliments industriels ou transformés sont systématiquement gras, sucrés et salés. Mais cela n’est pas forcément le cas. Tout est formulé pour donner une mauvaise image de ces produits. » Il lui apparaît nécessaire de développer « un système fiable. Mais cela pose un tas de questions. D’autres indices apparaissent en effet plus pertinents pour faire le lien entre ce que nous mangeons et notre santé, comme la texture des aliments. De toute façon, en réalité, je ne suis pas certaine que l’on soit en mesure de définir, un jour, le degré de transformation d’un produit. »

 

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L’ombre du Nutri-score

Cette position intervient alors que la Commission européenne doit choisir d’ici à la fin de 2022 le modèle d’étiquetage à apposer sur le devant des emballages alimentaires. Le programme national nutrition santé (PNNS) 2019-2023 touche aussi à sa fin. Continuera-t-il à s’appuyer sur le système Nova ? « Le sujet fait partie des discussions et c’est ce qui nous inquiète », commente Catherine Renard, avant d’ajouter que « le Nutri-score présente quant à lui un gros avantage, on connaît l’algorithme sur lequel il est basé. Ce qui n’est pas le cas de Nova ».

 

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Via son PNNS, le gouvernement recommande de limiter la consommation des aliments ultra-transformés. L’étude Nutri-Net Santé suggère en effet une association entre la consommation de produits ultra-transformés (selon la définition Nova) et le risque de développement de maladies chroniques.