Le retour des pluies et l’enlisement des négociations sur les corridors maritimes au départ de l’Ukraine ont stoppé la baisse des prix du blé et du maïs. Les orges, le colza et le tournesol s’affaissent sous l’effet de la météo en Europe, en Australie et au Canada. Le soja, ses tourteaux et le pois évoluent à contre-courant avec des craintes de tension aux États-Unis.

 

Stabilisation des prix du blé

Depuis le début de juin, les prix du blé sont redescendus sous la barre des 400 €/t pour l’échéance de septembre d’Euronext et ils oscillent fortement depuis plusieurs jours entre 375 et presque 400 €/t au gré des événements nationaux ou internationaux.

 

Les fortes pluies du week-end dernier et les précipitations de la semaine ont causé des dégâts localisés. Cependant, elles ont favorisé le développement des plantes par endroits. Cela a constitué un élément de pression sur les prix, même si les perspectives ne s’annoncent pas bonnes dans les sols superficiels et les régions du Centre et au sud de la Loire.

 

Selon l’observatoire CeréObs de FranceAgrimer, les conditions des blés français au 7 juin se sont détériorées pour la sixième semaine consécutive avec une part des plantes en situation bonne à excellente de 66 %, contre 67 % la semaine dernière (perte de 25 points depuis le début du mois de mai).

 

Quid des exportations ukrainiennes ?

En dehors de la météo, c’est surtout le sujet des exportations ukrainiennes qui a influencé les prix à la baisse ou à la hausse en fonction de l’avancée des négociations menées par l’ONU avec la Turquie et la Russie sur cette question.

 

Une réunion a d’ailleurs eu lieu mercredi entre les ministres des Affaires étrangères turcs et russes. Les exportations à partir des ports ukrainiens de la mer Noire ont fait partie des sujets discutés.

 

La tenue de cette réunion et les discussions auparavant de l’ONU avec la Russie avaient laissé penser qu’un accord pourrait être trouvé dans le but de laisser sortir des bateaux des ports ukrainiens de la mer Noire. Toutefois, la Russie a réaffirmé son exigence que les sanctions qu’elle subit soient levées. De son côté, la Turquie a proposé d’agir pour garantir la sécurité des bateaux au départ de l’Ukraine.

 

Néanmoins, il semble que dans ces négociations, il reviendrait à l’Ukraine de déminer les ports qu’elle avait minés pour se protéger. L’Ukraine, qui semble peu consultée pour le moment, martèle pour l’instant qu’il est trop risqué pour elle de supprimer la protection de ses ports, même si la Russie s’engage à ne pas utiliser les éventuelles ouvertures à des fins militaires.

 

La situation est donc très compliquée et semble se dérouler en dehors des intérêts ukrainiens. Selon l’association des commerciaux de grains de l’Ukraine, même si un accord était trouvé, quel opérateur voudrait prendre le risque d’opérer dans cette région ? Autre problème, le prix du chargement et de l’assurance sera très élevé. Il est vrai que le blé ukrainien (coté même s’il n’est pas exporté) vaut presque 100 $/t de moins que le blé russe, permettant de combler une partie de la différence de coûts de chargement et d’assurance.

 

Faible probabilité d’un retour rapide de l’Ukraine sur le marché

En tout cas, en cette fin de semaine, le nombre d’écueils face à ces éventuelles exportations ukrainiennes apparaît tellement élevé qu’il ne semble pas envisageable de prévoir d’exportations importantes au départ de l’Ukraine très prochainement. En outre, le bombardement russe d’infrastructures de stockage dans le port de Mykolaïv, dimanche dernier, n’est pas de nature à rassurer.

 

Ces dernières semaines, dans les régions de Louhansk et de Zaporijjia occupées par la Russie, l’administration intérimaire russe a commencé à écouler des blés ukrainiens pour libérer de la place dans les silos, soit à destination de l’intérieur de la Russie soit vers le port de Sébastopol, en Crimée, pour une exportation vers le Proche-Orient, semble-t-il. Ces flux suscitent de plus en plus de discussions car considérés comme « volés » par l’Ukraine.

Des blés français redevenus compétitifs

La semaine a également été marquée par l’annonce, jeudi, par la Banque centrale européenne (BCE) de son intention de cesser en juillet sa politique d’achats d’actifs sur les marchés et de relever ses taux d’intérêt. Une remontée des taux d’intérêt est perçue comme un facteur de ralentissement de l’économie. Toute la difficulté de la BCE est de prendre des décisions pour permettre de limiter l’inflation sans ralentir trop brutalement l’économie.

 

Cette crainte de ralentissement a fait chuter l’euro en fin de semaine à 1,054 dollar aujourd’hui contre plus de 1,07 il y a une semaine. Cet élément, qui renforce la compétitivité des marchandises françaises, a plutôt soutenu les prix français exprimés en euros en fin de semaine.

 

Sur le front des exportations françaises, l’activité s’est d’ailleurs un peu relevée ces deux dernières semaines avec des chargements à destination du Maroc et de l’Algérie. Néanmoins, nous estimons que la France aura du mal à exporter plus de 8,5 millions de tonnes de blé vers les pays tiers. De son côté, FranceAgrimer a revu les exportations à la baisse à 9,1 millions de tonnes cette semaine.

 

Cette performance moins bonne que ce qui avait été prévu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, peut s’expliquer par un ralentissement de la demande mondiale, du fait de prix élevés, mais aussi par le manque de compétitivité des blés français ce printemps.

 

Désormais, à la suite des baisses de prix du mois de mai, le blé français se situe à 384,25 €/t rendu Rouen (quasi inchangé depuis la semaine dernière), soit environ 410 $/t Fob. Il vaut maintenant moins cher que tous ses concurrents meuniers européens, y compris le blé roumain, ce qui est plutôt positif pour les exportations du début de la campagne de 2022-2023.

 

Le prix des orges chute encore

Les facteurs mentionnés ci-dessus pour le blé (retour des pluies, incertitude de l’issue des négociations au sujet des exportations de l’Ukraine, baisse de l’euro) s’appliquent également à l’orge. Toutefois, le prix de l’orge s’est affaissé encore légèrement cette semaine tandis que le blé se retrouve au même niveau que la semaine dernière sur le marché physique.

 

On peut supposer que les perspectives éventuelles de reprise des exportations maritimes ukrainiennes se sont avérées plus baissières pour l’orge que pour le blé. En effet, sur les mois d’été, l’Ukraine est d’habitude le principal concurrent des orges européennes. L’éventualité de son retour sur la scène internationale, même partielle, a donc pu contribuer à faire chuter les prix de l’orge.

 

Par ailleurs, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture français , Agreste, a publié cette semaine sa première estimation de la production d’orge d’hiver. Celle-ci s’affiche quasi stable (à 8,25 millions de tonnes contre 8,15 en 2021), exerçant également un effet baissier pour les prix de l’orge. Cependant, cette estimation nous apparaît très optimiste au vu des conditions météorologiques du mois de mai.

 

En tout cas, comme pour le blé, la chute des prix de l’orge au cours des dernières semaines confère maintenant une forte compétitivité aux orges françaises qui valent 10 $/t de moins que les orges européennes de la mer Noire et 20 $/t de moins que les orges russes. La Jordanie a acheté deux fois 60 000 tonnes cette semaine pour chargement en septembre (origines non connues).

 

Les prix des orges brassicoles se sont aussi affaissés cette semaine de 3 €/t, à 412 €/t pour les orges d’hiver et à 442 €/t pour les orges de printemps (base juillet Fob Creil). Les orges brassicoles ont suivi les orges fourragères mais la baisse de leur prix reflète également un gros soupir de soulagement avec l’arrivée des pluies du début de juin.

 

Les prix du maïs repartent à la hausse

Alors qu’une nette baisse des prix avait caractérisé la semaine précédente, c’est une hausse modérée qui marque la semaine en cours. Le maïs Fob Bordeaux de la récolte de 2021 gagne ainsi 10 €/t, à 332 €/t (base juillet), tandis que le maïs Fob Rhin gagne 6 €/t, à 336 €/t (base juillet).

 

Les maïs américains et brésiliens évoluent également à la hausse. La valse des négociations entre la Russie, la Turquie, l’ONU et l’Ukraine, mène la danse des prix. Il semble finalement qu’il y ait eu peu d’avancées en ce qui concerne un possible déblocage des exportations ukrainiennes. Les prix ont en conséquence récupéré une partie de la baisse opérée il y a une semaine alors que l’espoir de voir les exportations ukrainiennes reprendre prévalait alors.

 

Dans le même temps, la Russie a annoncé sa volonté d’exporter les grains ukrainiens des territoires qu’elle occupe et de rémunérer les agriculteurs en conséquence. Bien sûr, le maïs est concerné par une telle mesure étant donné les stocks importants qui restent dans le pays. Il reste à voir comment ces volumes seraient exportés et vers quelles destinations.

 

Ailleurs dans le monde, les semis de maïs touchent à leur fin aux États-Unis et les acteurs du marché sont dans l’attente du rapport de l’USDA qui sera publié ce soir. Celui-ci pourrait confirmer une baisse des surfaces par rapport à la campagne précédente. En parallèle, 72 % des surfaces américaines étaient considérées dans un état bon à excellent, un niveau proche de la moyenne des dernières années.

 

En Chine, l’économie montre quelques signes de reprise à la suite de la levée progressive des restrictions sanitaires et plusieurs mesures de relance prises par le gouvernement. Une reprise durable de l’économie chinoise serait un facteur de soutien des prix des matières premières, maïs compris.

 

En France, les pluies récentes devraient être bénéfiques à l’implantation des maïs. Elles sont les bienvenues alors que les restrictions d’irrigation gagnent du terrain. Dans sa dernière estimation, le ministère français de l’Agriculture a confirmé une baisse des emblavements de maïs grain.

 

Les bonnes perspectives de récolte en Europe pèsent sur les prix du tournesol

Les prix du tournesol ont de nouveau diminué depuis la semaine dernière. Une récolte record est attendue dans l’Union européenne grâce à un net accroissement de la surface. La culture de tournesol a bénéficié d’une très bonne rentabilité potentielle pour les agriculteurs, ainsi que de l’autorisation de mise en culture de la jachère, exceptionnellement accordée par la Commission européenne cette année en raison de la guerre en Ukraine.

 

En outre, les importations de tournesol ukrainien via les frontières de l’ouest du pays continuent à un rythme relativement soutenu. Sur les prochains mois, le marché européen devrait être bien approvisionné en graine de tournesol. Les prix de celle-ci ont par conséquent continué de se rétracter. En France, le prix du tournesol oléique cède 30 €/t, à 950 €/t sur le rapproché et 40 €/t, à 800 €/t pour les contrats de la nouvelle récolte.

 

En mer Noire, la guerre continue de faire rage en Ukraine. Dans les champs, les agriculteurs ukrainiens ont toutefois réussi à planter des surfaces plus importantes que prévu. Néanmoins, la production de ce pays reste attendue en forte baisse sur une année.

 

Sur le rapproché, la demande des pays européens reste présente mais les stocks pléthoriques et les difficultés logistiques continuent de peser sur les cours intérieurs ukrainiens et sur les prix à l’exportation. Ainsi, le prix de tournesol ukrainien rendu frontière Ouest a diminué de 30 $/t sur une semaine, à 690 $/t.

Les prix du colza en recul

Tout au long de la semaine, les prix du colza en France ont alterné entre hausse et baisse, soumis à l’avancée des discussions sur la mise en place de corridors maritimes depuis les ports ukrainiens. Tandis que la semaine passée rimait avec espoir concernant la reprise des exportations au départ de l’Ukraine, cette semaine laisse plutôt place à l’incertitude avec la destruction d’un terminal portuaire en Ukraine et des discussions entre la Russie et la Turquie qui piétinent.

 

Finalement, les cours du colza en France ont terminé la semaine sous la pression de la reprise des exportations en huile de palme de l’Indonésie (lancement d’un programme visant à accélérer les exports) et du retour de nouvelles restrictions de déplacement en Chine avec une nouvelle alerte de Covid-19, à Pékin et Shangaï. Tous ces éléments ont pesé sur les cours de l’huile de palme et de l’huile de colza, et ont entraîné une diminution des prix du colza, in fine.

 

De plus, dans les prairies canadiennes, sur la première semaine de juin, les retards de semis ont été pratiquement rattrapés dans l’Alberta et dans le Saskatchewan, mais sont encore à la traîne dans le Manitoba. Toutefois, les difficultés de semis pour le maïs et le soja dans l’Ouest canadien pourraient entraîner un petit report de surface sur le canola, qui peut être semé plus tardivement. La situation climatique reste donc à suivre de près au Canada.

 

En Australie, les conditions sont globalement plutôt bonnes pour les canolas récemment semés. Par ailleurs, les prix très élevés du canola et les bonnes conditions climatiques au moment des semis ont poussé les agriculteurs australiens à semer beaucoup plus de canola que l’an passé (+12,6 % selon le premier rapport publié par l’office australien Abares cette semaine). Ces éléments ont aussi pesé sur les cours européens du colza.

 

Cette semaine, les prix du colza ont ainsi diminué de 17 €/t rendu Rouen et de 16 €/t en Fob Moselle, à respectivement 780 €/t et 783 €/t. Toutefois, les prix restent élevés, le marché étant soutenu par un prix du pétrole toujours extrêmement cher mais aussi par les incertitudes sur la reprise potentielle des exportations maritimes depuis l’Ukraine et sur l’avancée des semis de canola au Canada.

Le soja se reprend

Le cours du soja se redresse cette semaine. En sept jours, la tonne de soja à Chicago a gagné 2 % sur le rapproché (à 650 $/t) et 4 % sur le contrat de décembre. C’est la plus forte hausse enregistrée depuis le début d’avril. Sur le rapproché, le Fob brésilien a bondi de 4 %.

 

Cette hausse des prix peut s’expliquer en partie par deux éléments majeurs : d’une part, les opérateurs craignent de voir l’offre se réduire et, d’autre part, la demande à l’exportation tend à s’intensifier.

 

Le rapport Wasde, publié par l’USDA, qui décrypte l’état de l’offre et de la demande sur le marché mondial, reste très attendu ce vendredi. Les opérateurs prévoient notamment une révision en baisse des stocks prévus à la fin de la campagne de 2021-2022, conséquence des fortes exportations sur la seconde moitié de la campagne. Le mois d’avril 2022 a notamment été très élevé pour les exportations américaines.

 

Par ailleurs, les exportations hebdomadaires de soja américain ont enregistré cette semaine une forte hausse par rapport à la moyenne des quatre dernières semaines, de l’ordre de 40 %. Il est à noter que la Chine, premier importateur mondial de soja, a importé 20 % de soja de plus en mai par rapport à avril, selon les douanes chinoises.

 

Une hausse qui est toutefois en partie liée aux expéditions retardées en raison des problèmes logistiques dans un contexte de crise sanitaire. Les importations du pays restent tout de même faibles. À 38,04 millions de tonnes, les volumes achetés s’affichent en dessous de leur niveau de l’an dernier (–0,4 %) sur la période allant de janvier à mai. En cause, les prix élevés du soja et la faible demande en tourteaux pour l’alimentation animale continuent de freiner l’activité de trituration chinoise. Les marges de trituration demeurent négatives.

 

Enfin, la demande intérieure américaine reste dynamique compte tenu des bonnes marges de trituration. Du côté de l’offre, les surfaces de soja de la campagne de 2022 aux États-Unis restent incertaines. Même si les retards de semis accumulés en mai ont été en partie rattrapés au début de juin, à la faveur d’une météo favorable, l’inquiétude pour les ensemencements n’est pas tout à fait écartée. De plus, dans le Midwest, les craintes persistent quant au développement des cultures, compte tenu des conditions météorologiques défavorables, encore trop humides.

Progression du prix du tourteau de soja

Sur la semaine, le prix du tourteau de soja a augmenté de 1 % à 517 €/t à Montoir à la suite des autres cours mondiaux. Le prix à Chicago a d’ailleurs progressé plus fortement, gagnant 3 % sur la semaine. Cette hausse a surtout été soutenue par des craintes sur l’offre en soja pour la prochaine campagne aux États-Unis.

 

Du côté de la demande, les exportations américaines de tourteau de soja ont repris des couleurs cette semaine, avec une hausse de 17 % par rapport à la moyenne des quatre dernières semaines.

Toutefois, sur la scène internationale, la demande reste globalement plutôt calme compte tenu de la faible rentabilité des élevages porcins et de l’épizootie de grippe aviaire qui ont fortement touché plusieurs pays, notamment la France.

Hausse des prix du pois fourrager

Le prix du pois fourrager départ Marne de la récolte de 2021 a progressé de 15 €/t sur la semaine à 395 €/t, tout comme le prix nouvelle récolte, à 401 €/t. En effet, les surfaces semées au Canada ont été fortement affectées par les précipitations excessives ces dernières semaines.

 

Les semis canadiens de pois sont maintenant pratiquement terminés. Le temps excessivement humide, du fait des fortes pluies du mois de mai, a empêché les producteurs canadiens de semer du pois, ou les a contraints à diminuer la sole prévue, notamment dans l’est des prairies.

 

Selon le ministère de l’Agriculture canadien, la surface ensemencée pour l’année 2022 est désormais prévue en baisse de 7,1 % par rapport à 2021, alors que le mois dernier le ministère prévoyait une hausse de 6,7 %. Néanmoins, la production de pois pourrait augmenter de 55 % sur l’année, pour s’établir à 3,5 millions de tonnes, en raison d’une hausse prévue de rendements.

 

Cette forte révision en baisse des surfaces a fait grandir les inquiétudes quant aux perspectives de production outre-Atlantique, ce qui a apporté du soutien au cours du pois français ces derniers jours.

À suivre : semis de soja (US), de canola (Canada, Australie), développement des cultures en Europe et mer Noire (colza, tournesol), prix du pétrole, évolution du conflit en Ukraine, négociations sur l’ouverture de corridors maritimes pour l’exportation de matières premières en Ukraine, situation sanitaire en Chine, contexte économique dans les pays émergeant (demande en huiles et viandes).