Les cours du soja ont atteint jeudi 9 juin 2022 leur plus haut niveau depuis près de dix ans. Conséquence des inquiétudes sur l’offre mondiale alors que la demande reste élevée, le marché est agité, tiré notamment par la flambée des prix de l’énergie.

 

Sur le marché à terme de Chicago, le boisseau de soja (environ 27 kg) pour livraison en juillet a atteint 17,8400 dollars, pour la première fois depuis septembre 2012, à un souffle du record absolu, soit 17,9475 dollars.

 

La demande élevée pousse les prix à la hausse

Les marges que dégage la trituration du soja, c’est-à-dire son broyage pour donner de l’huile, sont très élevées actuellement, explique Jake Hanley, de Teucrium Trading, du fait de la flambée des prix de l’énergie, car le soja est massivement utilisé pour produire de l’agrocarburant. Cela augmente donc la demande de soja et pousse les prix à la hausse.

 

« Les transformateurs cherchent du soja, et il faut parfois surenchérir » pour en obtenir, explique Jason Britt, de Central State Commodities, ce qui stimule le marché au comptant (pour livraison immédiate) et, par ricochet, celui des contrats à terme (pour livraison différée).

 

Pour le gérant, ce coup de chaud est aussi lié au rythme soutenu des exportations américaines, notamment vers la Chine. « Ils importent du soja américain et ils achètent tout ce qu’ils peuvent au Brésil », souligne-t-il.

 

Selon le courtier CHS Hedging, malgré les confinements qui ont paralysé l’économie de plusieurs villes chinoises, en particulier Shanghai, les importations de soja en mai ont été supérieures à leur niveau de la même période de 2021.

Des stocks mondiaux revus à la baisse

Les opérateurs font aussi preuve de nervosité à la veille de la publication du rapport mensuel du ministère américain de l’Agriculture (USDA), qui actualisera les estimations de rendement, de production et de stocks.

 

Selon CHS Hedging, l’USDA devrait revoir à la baisse son estimation de stocks mondiaux pour la campagne de 2021-2022, qui s’explique, en partie, par une production légèrement moindre du Brésil, premier producteur mondial.

 

Globalement, « certains craignent que les chiffres de la production de la saison qui se termine soient erronés », faisant état de volumes plus élevés qu’ils ne le sont en réalité, renchérit Jason Britt. Pour Jake Hanley, le marché du soja est l’objet d’un effet d’entraînement, qui accélère encore la remontée des prix, à mesure que les cours franchissent des seuils techniques qui déclenchent de nouveaux achats.

Une nette remontée de la production

Si les prix peuvent continuer à monter à court terme, le gérant rappelle que les prévisions de l’USDA font état, pour la prochaine campagne de 2022-2023, d’une nette remontée de la production (+12 %) et des stocks de fin de période (+16 %), qui retrouveraient leur niveau de la fin de campagne de 2020-2021. « Cela va finir par peser sur les prix », anticipe Jake Hanley.

 

Paradoxalement, le soja ne bénéficie pas, bien au contraire, de l’atterrissage d’autres oléagineux majeurs, à savoir l’huile de palme et le canola, plombés, eux, par la reprise des exportations indonésiennes pour le premier et la perspective d’une production en hausse pour le second.