Le 13 juillet 1658 marque un jour sombre pour Hugues Aulanier, curé du Brignon (Haute-Loire) au sud du Velay. Les guerres intestines qui perdurent sur ces hautes terres du Massif central entre le vicomte de Polignac et les bourgeois du Puy multiplient les dévastations dans les campagnes. Les exactions des chefs de bande profitent des dissensions intestines. L’occasion est belle pour faire payer à ce représentant de la Contre-Réforme les effets de sa rigueur morale et sans doute aussi de son autorité. Lors de la visite domiciliaire qu’on lui inflige tout est mis à sac méthodiquement. Les Mémoires de ce curé détaillent l’ampleur du désastre.

« Le treizième jour du mois de juillet 1658, entour les dix heures du matin, la maison claustrale de l’église paroissiale de Saint-Martin du Brignon, diocèse du Puy-en-Velay, fut pillée et ravagée par les soldats de la garnison du château et baronnie de Solignac ». L’expédition rassemble les mécontents du pays depuis « noble Marc Vidal de Rois, sieur dudit lieu », accompagné de son valet, jusqu’à Maître Guillaume Mathieu, prêtre de la paroisse (!), un meunier et un cordonnier du village. Certains enfoncent la porte de la cure, et les autres entrent par la fenêtre de derrière. Tout est mis à sac, ce qui éclaire la fortune mobilière d’un bon curé de montagne au milieu du XVII siècle.

Au vin, s'ajoutent les deux cents fromages que le curé a levés en vertu de son droit de quête.

En premier lieu, l’argent sonnant et trébuchant. Dans la chambre basse, les pillards enlèvent la couverture du grand lit, sous laquelle le curé avait caché « cent pièces d’or, tant louis que pistoles d’Espagne » valant 1 100 Louis. Mais il y a aussi l’argent dissimulé sous le plancher de la chambre haute, que les soldats arrachent pour trouver « deux cent écus d’argent blanc, quart d’écus, louis et demi-louis d’argent, soit 600 Louis ». Si l’on ajoute la petite monnaie retrouvée dans le « cabinet », il y en a pour près de 2 000 Louis, trois à quatre années de revenus d’un honnête curé de campagne !

Suivent les provisions alimentaires. Dans la cave sortent quatre tonneaux et deux charges et demie de vin, expédiés à Solignac-sur-Loire par un bon laboureur venu avec bœufs et charrettes. Au vin s’ajoutent les 200 fromages – chacun pesant une livre et demie – que le curé a levés dans la paroisse, en vertu de son droit de « quête » sur chaque maison. Les soldats mangent une partie de la « provision de beurre » et échangent l’autre auprès de leur chef. Enfin les objets professionnels et liturgiques ne sont pas épargnés. Écritoires, chandeliers, « lampe d’étude », lunettes, que le curé a fait venir du Puy. Disparaissent ainsi crucifix, épée et baudrier de buffle, et la bibliothèque qui réunit saint Augustin, saint Jérôme, Hugues de Saint-Victor, et bien des auteurs plus récents.

La mise à sac, on le voit, tient du règlement de comptes à l’égard d’un personnage dont le rôle était contesté. L’organisation de l’expédition avec les attelages prêtés pour l’occasion et la mise en vente d’une partie des effets de la victime dans une auberge du pays soulignent le climat d’impunité dans ces campagnes restées violentes. Comme l’écrit Louis XIV pour le début de son règne : « Le désordre régnait partout ».