Elle porte en son nom sa vraie nature. « L’île d’Yeu », autrefois baptisée Oya, tiendrait son appellation du latin ovis signifiant mouton. Pourtant, sur cette terre iodée située au large de la Vendée, ils ont failli disparaître après avoir compté jusqu’à trois mille têtes au XIXe siècle.

La légende islaise voudrait que derrière chaque pêcheur ou marin se cache un agriculteur. La plupart des peuples insulaires ont en effet d’abord cultivé la terre et élevé leurs animaux, avant de se tourner vers l’océan. L’île d’Yeu n’y a pas échappé. En 1951, les champs cultivés recouvraient la moitié de sa surface. Puis les étendues de céréales ont laissé place aux ajoncs et à l’urbanisation. Sur ses 23 km2, seules 4,5% sont encore cultivées pour nourrir.

Mais l’île d’Yeu se rebelle. Depuis dix ans, elle attire non seulement pour ses plages et ses dunes fleuries, ses falaises et ses criques, sa lande ponctuée de sentiers et de mégalithes, mais aussi…pour ses moutons de pré-salé. Grâce à d’irréductibles Islais, l’agriculture connaît un regain inespéré.

Aux côtés d’une poignée de maraîchers et d’un éleveur laitier, la ferme d’Émilie est devenue l’attractivité de l’île. Alors que le dernier élevage de moutons s’apprêtait à disparaître, en 2011, Émilie décide avec son compagnon de reprendre la discrète bergerie de ses parents. Ils en font une activité phare. Cent quatre-vingts brebis pâturent désormais sur la côte sauvage. La plupart sont de la race solognote qui compte seulement trois mille individus dans le monde. À l’île d’Yeu, elles portent en plus le goût du large.

© Rosanne Aries - Le vieux château fort aurait inspiré Hergé dans L’île noire.

Lors de soirées transhumance, le troupeau mène ses hôtes en bord de mer, jusqu’au vieux château fort daté du XIVe siècle. Il aurait inspiré Hergé dans L’île noire. Jeanne de Belleville, surnommée la tigresse bretonne, y a vécu quelques années de bonheur, avant de devenir la première femme pirate de France pour venger l’honneur de son mari. Chaque époque connaît son héroïne.

De l’île, on repart désormais avec la fameuse tarte aux pruneaux, mais aussi de la viande et un pull en laine de Solognote d’Yeu.